OUMAR SYLLA, MVT SAM SA SAGGO: « L’Etat doit rompre le contrat de l’autoroute à péage »

M. Oumar Sylla, l’ex-Secrétaire général du ministère de l’Economie et des Finances de 2003 à 2012, revient, dans cet entretien avec L’Evidence, sur le combat qu’il mène de concert avec son mouvement « Sam sa Saggo », contre la corruption dans notre pays. Dans cet entretien, il est question de la situation de l’autoroute à péage où M. Sylla donne des solutions pour sortir de la difficulté liée à la cherté des tarifs qui a des conséquences désastreuses sur notre économie.

 

L’urgence de votre combat, c’est l’autoroute à péage avec son lot de malheurs et ces tarifs très élevés…

 

Oui, l’autoroute à péage constitue un goulot que les Sénégalais trainent avec des conséquences économiques et sociales désastreuses. Nous avons donné l’exemple d’un certain Alpha qui habitait la Patte d’Oie et qui a déménagé après avoir construit sa maison à Sébikotane pensant qu’il allait se débarrasser définitivement du loyer. Au bout du compte, il a constaté en fait que ce qu’il paye sur le péage est supérieur au loyer qu’il payait antérieurement à la Patte d’Oie. Finalement, avec le temps qu’il perd sur l’autoroute et le carburant qu’il dépense, il s’est résolu à retourner au loyer en délaissant sa propre maison. Donc quand un citoyen en arrive à cette extrémité-là, cela veut dire que le problème est sérieux. Et on constate que ceux qui sont dans ce cas se comptent par milliers. Donc il y a un grand problème qu’il faut solutionner et je pense que nous sommes en phase d’initiative tendant à vouloir faire baisser le tarif du péage. Ce qui est très bien, mais est-ce une solution ? Parce que nous estimons que ce n’est pas la solution.

 

Selon vous qu’est-ce qui serait la solution ?

La solution, pour nous, c’est de rompre le contrat de l’autoroute à péage. L’Etat doit aujourd’hui prendre ses responsabilités, rompre ce contrat, désintéresser les privés qui étaient titulaires de ce contrat et mettre en place un tarif social et économique. Puisqu’aujourd’hui, la zone de prédilection de développement des entreprises c’est la zone de Diamniadio et au-delà, donc une entreprise délocalisée dans cette zone sera confrontée au problème du péage. Les employés vont devoir traverser deux fois par jour le péage, ce qui va alourdir leurs charges et probablement ces employés vont devoir demander une augmentation salariale pour couvrir ces charges. Et cela va grever la compétitivité de l’entreprise au moment où les bases de notre compétitivité sont en ruine. Aujourd’hui, il est plus facile d’importer que de produire localement, et cela se traduit par une baisse de la production, une augmentation du chômage et je pense que nous voyons beaucoup de candidats à l’élection présidentielle parler de création d’emplois parce qu’en fait c’est un des problèmes majeurs du pays. Pour créer des emplois, il faut produire, pour produire il faut être competitif, pour être compétitif il faut avoir une baisse des facteurs de production. Aujourd’hui, tous les produits transversaux coutent excessivement cher, cela rend la vie très chère et cela affecte la compétitivité de l’entreprise.

 

Au moment où vous préconisez la rupture du contrat avec les sociétés étrangères qui gèrent le péage, il est annoncé en novembre une nouvelle tarification. Qu’est-ce que vous comptez faire par rapport à cela ?

C’est justement l’objet de notre combat, anticiper et alerter à temps, en faisant comprendre à toutes les parties que certes il faut baisser, mais il faut essayer d’aller au-delà. Parce que le tarif social qui est compatible avec la compétitivité des entreprises et le développement des logements sociaux ne peut être accordé que par l’Etat. Il n’y a pas de place dans ce péage-là pour une marge bénéficiaire quelconque. C’est pourquoi les privés doivent sortir. Ce n’est pas parce que je suis contre le privé, je suis pour la propriété privée, mais ces investissements-là doivent aller dans des secteurs qui n’étranglent pas notre économie. Alors qu’aujourd’hui, cet investissement-là étrangle bien notre économie.

Par Abdourahmane SY

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