*L’objectif de « Thiès Ville Lumière » est-il réellement atteint, alors qu’une partie non négligeable de la ville demeure plongée dans l’obscurité, malgré trois années d’investissements ?
Entre 2022 et 2024, pas moins de 590 millions de FCFA – soit plus d’un demi-milliard – ont été injectés dans l’éclairage public par la mairie de Thiès. Pour 2025, une rallonge de 250 millions FCFA est prévue dans le Plan Annuel d’Investissement (PAI), financé par la commune et le programme PACASEN. Au total, 840 millions FCFA engagés ! Un montant qui pourrait faire scintiller les Champs-Élysées… ou, à défaut, illuminer de manière équitable les 58 quartiers de la ville, répartis sur 68,82 km²* .
Pourtant, sur le terrain, nombreux sont les Thiessois qui tâtonnent encore dans le noir, tout comme dans la gestion opaque de cette enveloppe. La lumière semble s’être arrêtée à mi-parcours – ou du moins, à quelques carrefours stratégiques.
Lumières ciblées, quartiers oubliés
De nombreux quartiers périphériques restent mal desservis, exposant les populations à des risques d’insécurité et d’accidents. À Thiès-Est, Nord et Ouest, des zones comme Médina Fall, SOM, Mbour III et IV, Sampathé, Darou Salam 1 et 2, Thialaw, Grand et Petit Thialy, Pognène Peulh, Diassap, Route de Kawsara Fall et Keur Modou Ndiaye sont toujours dans l’ombre.
Même le centre-ville, notamment autour de la rue Sans Soleil, souffre de l’absence d’éclairage public, si ce n’est quelques enseignes privées (restaurants, hôtels) qui éclairent tant bien que mal les abords.
On aurait pu croire qu’un tel investissement allait accoucher d’un plan cohérent, concerté, harmonisé – bref, éclairé. Mais non : chaque maire semble agir en solo, posant des lampadaires comme on plante des drapeaux. Résultat : une ville zébrée d’éclats lumineux, avec des quartiers suréclairés (pour le prestige ?) et d’autres complètement négligés. Une politique de l’ampoule sélective, au mépris de l’équité territoriale. L’inclusivité ? Une lampe qu’on n’a visiblement pas encore allumée.
Un projet sans boussole ?
Des lampadaires apparaissent ici et là, sans logique apparente, parfois alignés au hasard, souvent absents. À ce rythme, quand et à quel prix atteindrons-nous le rêve de « Thiès Ville Lumière » ? L’objectif est peut-être lumineux sur le papier, mais sur le terrain, l’interrupteur peine à être trouvé.
À ce prix-là, la ville aurait pu être non seulement éclairée, mais également dotée d’un plan directeur d’éclairage intelligent, conçu en concertation avec les trois communes, et pensé pour durer. Car l’éclairage public n’est pas un luxe électoral, mais un droit urbain fondamental, garant de sécurité, de cohésion sociale et de développement économique local.
Il ne s’agit pas de saupoudrer la lumière au gré des intérêts politiques, mais de planifier un projet inclusif, durable et équitable.
La lumière comme symbole de gouvernance
La lumière n’est pas qu’une affaire de watts, de poteaux ou de factures. Elle est aussi un symbole de transparence, de respect citoyen et de gouvernance responsable. D’autant que ce sont les Thiessois eux-mêmes qui paient, parfois de leur poche, l’électricité ou les installations, via des cotisations de quartier, faute de prise en charge municipale.
Dans un contexte de rigueur budgétaire, il devient impératif de rationaliser les dépenses et d’assurer une transparence totale sur chaque franc public investi. 840 millions FCFA pour un éclairage aussi inégal : le chiffre impressionne, mais les résultats peinent à éclairer.
Le doute n’est plus une opinion, c’est une observation largement partagée. Où est donc passé tout cet argent ?
Un secteur sous haute suspicion
Il est légitime, et même nécessaire, de poser la question. Au Sénégal, le secteur de l’éclairage public est souvent entaché d’irrégularités : surfacturations, attribution opaque des marchés, équipements de mauvaise qualité, entreprises fictives… Tout laisse penser que l’éclairage public peut devenir, pour certains édiles, une niche de détournement ou une caisse noire déguisée.
Et ce qui est détourné pour un lampadaire absent, c’est peut-être une école non construite, un poste de santé sous-équipé ou une route laissée à l’abandon.
La position du Mouvement « THIÈS D’ABORD »
C’est pourquoi le Mouvement « THIÈS D’ABORD » s’insurge contre cette gestion morcelée, peu lisible, et peu transparente. Nous militons pour un éclairage public rationnel, équitable et cohérent, aligné sur les vraies priorités des populations, et fondé sur l’intercommunalité et la bonne gouvernance.
Car éclairer la ville, c’est aussi mettre en lumière une vision politique. Et là, le flou persiste. À ce rythme, on finira peut-être par planter des lampadaires dans les bilans de fin de mandat, histoire de faire croire qu’il y avait de la lumière… même quand les citoyens restaient dans le noir.
Nos revendications concrètes :
-Une cartographie claire des besoins réels en éclairage ;
-Une planification concertée entre les trois communes ;
-Un suivi-évaluation rigoureux des projets financés ;
-Une inclusion réelle des quartiers souvent oubliés ;
Et surtout, une transparence absolue dans la gestion des fonds publics.
Car ce n’est pas l’intensité des ampoules qui éclaire une ville, mais la clarté de l’action politique.
Maître Habib VITIN
Président du Mouvement « THIÈS D’ABORD »
Localement Actifs, Globalement Connectés