L’acquisition des véhicules pour les députés, décidée par le président de l’Assemblée nationale, continue de faire couler beaucoup d’encre. Outre l’opacité présumée qui entoure la procédure d’appel d’offres, de nouvelles révélations, attribuées à un professionnel du secteur automobile, remettent en cause le coût réel de cette opération.
Selon un concessionnaire interrogé, le prix d’un véhicule ne se limiterait pas aux 50 millions de francs CFA initialement évoqués. En tenant compte de divers frais annexes, le coût total sur cinq ans pourrait, selon ses estimations, atteindre près de 120 millions de francs CFA par voiture.
Le concessionnaire, évoluant dans le milieu de l’automobile, a expliqué que les frais liés à l’utilisation du véhicule sur plusieurs années doivent être intégrés pour obtenir une estimation réaliste du coût. Il a cité plusieurs postes de dépenses : un crédit avec intérêts estimé à 65 millions de F CFA, une assurance tous risques à raison de 3 millions par an soit 15 millions sur cinq ans, un entretien régulier à 2,2 millions par an soit 11 millions sur la période, environ 24 millions pour le carburant sur cinq ans, et des réparations non couvertes évaluées à près de 5 millions de francs. Ce qui porterait, selon lui, le coût total à 120 millions F CFA par véhicule. Il a également confié que certains de ces véhicules seraient des modèles d’occasion reconditionnés, vendus comme neufs, avec compteurs trafiqués et garanties peu fiables, voire fictives.
La même source a également remis en cause la régularité de la procédure d’acquisition. Selon lui, l’appel d’offres aurait été restreint, ce qui aurait conduit à l’exclusion de distributeurs automobiles nationaux. Contrairement à ce qui a été avancé par certains responsables, il affirme que « l’appel d’offres n’a pas été publié dans la presse, ni ouvert à tous les opérateurs économiques », comme l’exige pourtant la réglementation en matière de marchés publics.
Plus grave encore, il avance que le marché aurait été confié à un courtier, ce qui expliquerait selon lui l’absence de transparence et le refus des autorités de fournir les détails du contrat. Une situation qu’il juge contraire aux principes fondamentaux de la gestion des deniers publics.
Face aux critiques, certains défenseurs du projet auraient tenté de justifier la procédure en soutenant que l’Assemblée nationale ne serait pas tenue de respecter le Code des marchés publics. Une affirmation que réfute catégoriquement notre interlocuteur : « C’est faux, les fonds gérés par l’Assemblée sont des deniers publics. À ce titre, ils doivent obéir aux règles de transparence et de mise en concurrence, comme prévu par la législation sénégalaise », a-t-il affirmé.
Alors que le président de l’Assemblée campe sur sa décision, estimant que l’achat des véhicules est justifié par la suppression de l’indemnité de transport (estimée à 900 000 F CFA par mois, soit 54 millions sur cinq ans), les chiffres avancés par des professionnels du secteur montrent un écart difficile à ignorer.
Avec 165 véhicules concernés, et un coût réel estimé par certains à près de 120 millions par unité, la facture totale pourrait avoisiner les 20 milliards de francs CFA, soit plus du double des 8,9 milliards de F CFA laissés par l’ancien régime, selon des observateurs.
Dans un contexte de forte attente citoyenne autour de la transparence et de la gestion rigoureuse des ressources publiques, cette affaire pourrait continuer à susciter de vives réactions au sein de l’opinion. Pour l’instant, le flou persiste, et les zones d’ombre demeurent.
Ahmadou. BA