Encore un drame, encore des morts, encore des promesses. Dans la nuit du mardi à mercredi, la ville sainte de Touba a été frappée par un nouvel effondrement d’immeuble à « Touba 28 », non loin du quartier populaire Darou Miname. Un bâtiment en construction s’est subitement écroulé, semant la panique parmi les riverains.
Selon les secours, le bilan est lourd : trois morts retrouvés sous les décombres, tous habitants d’un bâtiment mitoyen. Un drame qui aurait pu être bien plus meurtrier si l’effondrement était survenu en journée, car le chantier accueillait en moyenne quarante ouvriers chaque jour.
Outre les pertes humaines, un magasin attenant a été gravement endommagé. Son propriétaire affirme avoir perdu des machines et des moteurs d’une valeur de 500 millions de francs CFA, entièrement broyés par la chute de l’édifice.
Ce n’est pas un fait isolé. La ville de Touba a enregistré cinq effondrements d’immeubles en moins de deux ans, faisant au total 14 morts en seulement deux mois. Le mois dernier, un bâtiment de trois étages en cours de construction s’est effondré, provoquant la mort de 11 personnes et faisant 7 blessés.
Malgré la gravité de la situation, les mêmes causes continuent de produire les mêmes effets : constructions anarchiques, absence d’autorisation, usage de matériaux de mauvaise qualité, défaut de contrôle technique et impunité flagrante.
Présent sur les lieux, le gouverneur de la région n’a pas caché sa colère. Il a annoncé la prise immédiate d’un arrêté suspendant toutes les constructions non autorisées, avec le soutien du Khalife général des Mourides et du maire de Touba. Cette décision vise à endiguer l’anarchie qui menace désormais directement la vie des citoyens.
Pourtant, cette réaction semble bien tardive. Car le Ministère de l’Urbanisme, par la voix de son ministre, avait déjà annoncé, il y a plusieurs mois, la mise en place de mesures de contrôle renforcé dans les villes à forte densité, notamment à Touba, Mbour, Rufisque et Dakar. Des annonces qui peinent à se traduire concrètement sur le terrain.
Ce drame vient rappeler que le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) est gangrené par une véritable mafia du béton, qui construit sans permis, sans études de sol, sans ingénieurs qualifiés et souvent sans contrôle technique. Les promoteurs véreux, attirés par le profit facile, multiplient des constructions hasardeuses dans une ville en pleine expansion démographique.
Le Président de la République et le Premier ministre ont, à plusieurs reprises, rappelé l’importance du respect des normes de construction, mais les faits démontrent une défaillance criante de l’État dans l’application stricte de ses propres règles.
Combien de morts faudra-t-il encore pour que les autorités passent de la parole aux actes ? Les mesures doivent être fermes : des démolitions systématiques des bâtiments non autorisés, des poursuites judiciaires contre les promoteurs illégaux, la radiation des entreprises de construction non conformes, et un contrôle rigoureux des chantiers en cours.
Laisser faire, c’est accepter que l’anarchie urbaine continue de tuer. Le développement urbain ne peut pas se faire au prix de la vie humaine. Il est temps de sortir de la logique de la complaisance et de l’impunité. La sécurité des citoyens ne peut plus attendre.