Ce qui devait être une vitrine de la diplomatie sénégalaise à Bamako est devenu un véritable scandale budgétaire. Lancé avec tambour en 2014, le projet de construction d’un complexe diplomatique au Mali, comprenant l’ambassade et le consulat du Sénégal, n’a jamais vu le jour, malgré plus de 2,8 milliards FCFA déjà dépensés selon des sources.
Lancé par Mankeur Ndiaye, alors ministre des Affaires étrangères, ce projet était censé être achevé dans l’année 2014 avec un budget initial de 500 millions FCFA. Onze ans plus tard, sur le terrain de 5 000 m² acquis dans le quartier huppé de l’ACI 2000 à Bamako, seul un mur d’enceinte témoigne de l’ambition avortée.
Une succession d’échecs diplomatiques
Trois ambassadeurs se sont succédé sans poser le moindre parpaing : Assane Ndoye, Birame Mbagnick Diagne et Moustapha Ndour. Si le terrain a été acquis sous Ndoye pour 500 millions FCFA, la réalisation n’a jamais décollé, entravée par des litiges fonciers, des problèmes de signature d’architecte et des suspicions de falsification de documents.
Des entreprises comme la CDE et Sogepic se sont engagées successivement sur le chantier. La première aurait perçu 200 millions FCFA d’avance avant de se retirer. La seconde, Sogepic, a touché un virement de 175 millions FCFA via la Banque Malienne de Solidarité… sans qu’aucun chantier ne démarre.
Visa municipal controversé
En avril 2023, l’ambassadeur Moustapha Ndour obtient un “Visa n°026” de la mairie de la Commune IV de Bamako, censé permettre le démarrage effectif des travaux. Ce visa, loin d’être un soulagement administratif, s’est révélé explosif. Des documents suspects et la possible falsification de la signature de l’architecte Mactar Faye ont été évoqués. Le climat s’est alourdi, jetant le doute sur la régularité du processus.
Rapport d’inspection bouclé, le dossier entre les mains de Sonko
Aujourd’hui, l’affaire a pris un tournant politique majeur. Selon Confidentiel Afrique, le rapport d’inspection des services du ministère des Affaires étrangères sur ce dossier a été transmis au Premier ministre Ousmane Sonko. Il met en lumière des dépenses injustifiées, des détournements présumés et un grave dysfonctionnement dans l’exécution budgétaire du projet.
Des voix s’élèvent désormais au sein du ministère pour dénoncer une véritable « prédation diplomatique » orchestrée sous le régime précédent. Selon des sources internes, le président Diomaye Faye a été informé et des sanctions sont à l’étude, tandis que Moustapha Ndour, initialement affecté en Allemagne, aurait été maintenu provisoirement à Bamako dans l’attente de vérifications finales.
Une omerta diplomatique remise en cause
Ce scandale, présenté comme l’un des plus gros ratés de la diplomatie sénégalaise récente, pose de sérieuses questions sur la gouvernance des projets à l’étranger, les chaînes de responsabilité administrative et la transparence dans l’exécution des finances publiques.
Des ministres aux diplomates, nombreux sont ceux qui auront à répondre de cette gabegie financière aux relents d’impunité. Pour l’heure, le terrain du futur complexe reste en friche, envahi par les herbes… et l’indignation.
Concernant le cas de Monsieur Moustapha Ndour, ancien ambassadeur du Sénégal au Mali, accusé de détournements de deniers publics dans le cadre du projet de construction du complexe diplomatique à Bamako, L’Évidence a saisi par écrit Madame la Ministre des Affaires étrangères, Yacine Fall, pour obtenir des éclaircissements sur plusieurs points : Quelle est l’issue de l’enquête menée sur les détournements présumés dans la gestion du chantier ? Quelles mesures concrètes ont été prises à ce jour par le ministère dans le cadre de cette affaire ?
À ce jour, aucune réponse officielle n’a été fournie par le ministère. L’Évidence demeure cependant disponible pour tout échange d’informations ou entretien, dans l’optique de faire toute la lumière sur ce dossier sensible qui interpelle l’opinion publique et engage la responsabilité de l’État.