Chronique : Quand l’État devient sourd, brutal et incompétent (Seydina Seck )

Il est des temps où le silence des gouvernés n’est plus de la patience, mais de la lassitude. Et il est des gouvernements qui, aveuglés par l’arrogance du pouvoir, confondent autorité et autoritarisme, gouvernance et répression, légitimité et brutalité.

Depuis des mois – voire des années – le pays s’enfonce dans une spirale d’incompétence et d’intolérance. Les décisions improvisées, les politiques publiques incohérentes, les promesses trahies et l’absence de résultats tangibles sont devenues la marque d’un pouvoir qui n’écoute plus, qui ne consulte plus, et surtout, qui ne doute plus.

Un gouvernement incapable, c’est celui qui refuse la critique, rejette les alertes, ignore les signaux d’alarme. C’est celui qui dissimule son échec derrière des slogans creux, qui sacrifie le dialogue social sur l’autel de l’autosatisfaction.

Mais pire encore : l’incapacité devient dangereuse lorsqu’elle s’accompagne d’intolérance. À la moindre voix dissonante, la répression s’abat. Les journalistes sont muselés, les opposants traînés devant la justice, les syndicats criminalisés. Un climat de peur s’installe, où chacun hésite avant de parler, de publier, de manifester. Voilà le vrai visage d’un pouvoir qui ne supporte ni la contradiction, ni la remise en question.

Nous ne sommes plus dans une démocratie adulte, mais dans un système qui dérive doucement vers une dictature molle, où le vernis institutionnel masque mal la brutalité des pratiques. Une dictature qui ne dit pas son nom, mais dont les méthodes – surveillance, propagande, censure, répression ciblée – parlent pour elle.

Ce n’est pas seulement l’opposition qui est en danger. C’est la citoyenneté tout entière, c’est le contrat social lui-même. Car un pouvoir qui méprise son peuple, qui gouverne par la peur plutôt que par la confiance, finit toujours par tomber. La seule question, c’est : combien de dégâts laissera-t-il derrière lui ?

Seydina Seck
Journaliste-chroniqueur