PALAIS – PRIMATURE: Qui sont les « kulunas » du pouvoir ?

Depuis la récente sortie du Premier ministre Ousmane Sonko, la scène politique sénégalaise est traversée par une onde de choc : l’évocation du mot « kulunas ». Un terme fort, chargé, venu du vocabulaire congolais où il désigne des bandes violentes opérant dans les rues de Kinshasa. Utilisé aujourd’hui dans l’univers feutré du pouvoir sénégalais, il provoque une cascade d’interrogations. Qui sont ces « kulunas » tapis dans les cercles du Palais et de la Primature ? De qui parle-t-on exactement ?

Officiellement, rien n’est dit. Mais dans les coulisses, les regards se tournent vers certains hauts responsables de l’ancien régime qui ont curieusement conservé leurs fonctions, voire gagné en influence sous le nouveau pouvoir. C’est là que l’inquiétude prend corps : comment parler de rupture, de changement de système, quand certains barons de l’ère Macky Sall continuent de tirer les ficelles dans l’ombre ?

Des membres influents de l’ex-APR, qui ont longtemps servi l’ancien régime, occupent toujours des positions sensibles au sein de la Présidence comme de la Primature. Certains observateurs n’hésitent pas à dire qu’ils forment aujourd’hui un « noyau dur » qui freine, sabote ou déforme la dynamique de transformation portée par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.

Ces réseaux, parfois qualifiés de « système parallèle », sont suspectés d’entretenir une loyauté ambiguë. Ni vraiment hostiles, ni entièrement alignés, ils agissent dans une zone grise qui rend toute réforme structurelle difficile. Pour de nombreux militants de la rupture, ces profils seraient les vrais « kulunas » du pouvoir : discrets, ancrés, mais prêts à neutraliser toute voix dissidente ou toute tentative de bouleverser l’ordre établi.

D’ailleurs, plusieurs départs brutaux alimentent cette lecture. Le limogeage du chef de cabinet du Président, mise à l’écart de figures proches du projet souverainiste comme Cheikh Oumar Diagne ou encore Cheikh Dieng, ont laissé un goût amer à certains soutiens de la première heure.

Derrière le slogan de la « gouvernance de rupture », une réalité plus complexe apparaît. L’appareil d’État n’a pas été entièrement renouvelé, et la cohabitation avec d’anciens piliers du régime précédent est devenue un terrain miné. Les partisans du changement craignent que cette inertie ne finisse par diluer, voire étouffer, l’élan porté par le nouveau pouvoir.

En creux, une question cruciale : peut-on vraiment changer le système avec ceux qui l’ont fait prospérer pendant plus d’une décennie ? Ou, pour reprendre les mots des jeunes de la mouvance, comment gouverner avec des « kulunas » tapis dans les arcanes de l’État ?

Le président Diomaye Faye et son Premier ministre ont été élus sur la promesse d’un État rénové, juste, souverain et libéré des lobbies. Mais pour que cette ambition devienne réalité, il leur faudra plus que des discours. Il leur faudra affronter les réseaux, briser les routines, et peut-être, faire tomber les masques.