AFFAIRE KOCC BARMA: Quand la honte devient un business 

Derrière le pseudonyme « Kocc Barma », longtemps synonyme de terreur numérique au Sénégal, se cachait El Hadji Babacar Dioum. L’homme, arrêté le 17 juillet 2025, est aujourd’hui au cœur d’un scandale de cybercriminalité d’une ampleur sans précédent.

Une arrestation sous haute sécurité

C’est dans une résidence surveillée de Bourguiba, avec l’appui de la Brigade d’intervention polyvalente (BIP), qu’El Hadji Babacar Dioum a été interpellé. Cette opération, minutieusement préparée, visait à éviter toute tentative de destruction de preuves. Les enquêteurs de la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité (DSC) ont ainsi mis la main sur l’homme soupçonné d’être l’administrateur de plusieurs sites à caractère pornographique, connu sous le nom de « Kocc Barma ».

Depuis 2018, ce pseudo hantait des milliers de Sénégalais, victimes de chantage, d’atteinte à la vie privée et d’extorsion via des contenus intimes diffusés sur la toile.

Des preuves accablantes

Malgré ses dénégations, les preuves retrouvées par la DSC sont accablantes. Son ordinateur, un MacBook Pro, a révélé un système d’archivage parfaitement structuré :
• Plus de 9 000 fichiers compromettants,
• 407 sextapes classées dans un dossier nommé « Seneg »,
• 4 191 vidéos de nouvelles cibles regroupées dans le dossier « Newgirls »,
• Des répertoires intitulés « Paid not to publish », « WhatsApp unknown », ou encore « Preuve », confirmant la pratique régulière de chantage à la diffusion.

Les victimes, majoritairement sénégalaises, étaient souvent filmées à leur insu ou piégées dans des scènes intimes, avant d’être sommées de payer pour éviter la publication de leurs vidéos sur des sites comme Seneporno ou Babiporno.

Un business florissant basé sur l’humiliation

L’enquête a mis en lumière un système lucratif basé sur la monétisation de la honte.
Entre 2017 et 2025, 93 millions de FCFA ont transité sur les comptes de Dioum :
• 43 millions FCFA provenant de la régie publicitaire Exoclick,
• 50,4 millions FCFA versés par un complice toujours recherché.

Certaines victimes ont versé des sommes astronomiques pour protéger leur intimité :
• 2 millions FCFA payés par une dame identifiée sous les initiales S.A.L,
• 9 668 euros (plus de 6 millions FCFA) remis par une autre victime souhaitant rester anonyme.

Des saisies qui parlent d’elles-mêmes

Les perquisitions effectuées à Sicap Mbao, dans son restaurant Eddys, ainsi qu’à Ngor, ont permis de saisir un arsenal impressionnant :
• 18 téléphones portables,
• 6 clés de voiture,
• Un brouilleur de signal,
• Des faux carnets de vaccination,
• Un vidéoprojecteur, un modem portatif,
• Et divers supports numériques.

Tous ces éléments témoignent de l’ampleur du dispositif mis en place pour commettre ses actes en toute discrétion.

Un réseau structuré, des ramifications internationales

Selon les enquêteurs, la structure de ce réseau et la sophistication de ses moyens d’action traduisent l’existence d’une véritable mafia numérique. Les plateformes utilisées, les circuits financiers, la stratégie de ciblage et de menace font penser à une organisation transnationale. Des enquêtes complémentaires sont en cours pour identifier les complices et l’étendue exacte du réseau.

Des charges d’une extrême gravité

El Hadji Babacar Dioum a été placé sous mandat de dépôt le mardi 22 juillet 2025. Il est poursuivi pour :
• Diffusion de contenus pornographiques et pédopornographiques,
• Atteinte à la vie privée,
• Chantage et extorsion de fonds,
• Blanchiment de capitaux,
• Faux et usage de faux,
• Association de malfaiteurs.

Son procès est très attendu. Il pourrait poser les bases d’un cadre plus strict de régulation numérique au Sénégal, face à la montée inquiétante de la cybercriminalité.

Un tournant judiciaire majeur pour le Sénégal numérique

L’affaire « Kocc Barma » ne se résume pas à une simple dérive individuelle : elle met en lumière les vulnérabilités d’un écosystème numérique en pleine expansion. Elle pose également la question de la protection des données personnelles, de la régulation des plateformes et du renforcement des moyens de lutte contre les cyberdélits.

Avec cette arrestation, c’est peut-être un signal fort qui est donné à tous les cybercriminels : le Sénégal entre de plain-pied dans l’ère de la traque numérique.