Ce mercredi 6 août 2025, le Centre Talibou Dabo a accueilli une session de dialogue intergénérationnel inédite sur la thématique cruciale « Violences basées sur le genre (VBG) et handicap », organisée par le PASNEEG II en partenariat avec le Comité des Femmes de la Fédération Sénégalaise des Associations des Personnes Handicapées (FSAPH). Un événement fort, réunissant femmes, jeunes filles, leaders communautaires, acteurs institutionnels et membres de la société civile, avec un objectif clair : faire entendre la voix des femmes et filles handicapées, trop souvent reléguées dans l’invisibilité des politiques publiques.
La rencontre a mis en lumière une réalité : les femmes et filles handicapées sont deux à trois fois plus exposées aux violences que celles sans handicap. Qu’il s’agisse de violences physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques, cette population fait face à une vulnérabilité accrue, nourrie par la pauvreté, l’exclusion sociale, la stigmatisation et le manque d’accès à l’information juridique.
Mme Awa Nguer Fall, coordonnatrice du PASNEEG II, a rappelé l’urgence de cette problématique : « Les femmes en situation de handicap sont doublement vulnérables. C’est une problématique majeure qu’il faut prendre en charge de manière collective. L’État, les communautés, les leaders religieux, tout le monde doit s’engager. »
La session de dialogue a permis de favoriser l’écoute mutuelle entre générations et de valoriser les stratégies endogènes développées par les communautés elles-mêmes pour lutter contre les violences. Il s’agissait aussi de sensibiliser sur les droits juridiques existants, les voies de recours disponibles, et d’impliquer davantage les femmes handicapées dans les dynamiques locales de prévention des VBG.
Pour Mme Seynabou Ndiaye, trésorière générale du Comité des Femmes de la FSAPH, « Les femmes et filles handicapées sont marginalisées, considérées comme des parias. L’accès à la justice, à la santé, à l’éducation est un parcours du combattant. Il est urgent de rendre effectives les lois existantes et d’assurer une réelle inclusion. »
Le Sénégal dispose d’un arsenal juridique solide en matière de protection des droits humains, notamment la ratification de la CEDEF, du Protocole de Maputo, et de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH). Cependant, l’application des textes reste incomplète.
La loi d’orientation sociale votée en 2010, bien qu’importante, peine à produire ses effets faute de décrets d’application pleinement mis en œuvre. Les cartes d’égalité des chances existent mais leur portée reste limitée, particulièrement dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’accès à la justice.
Parmi les recommandations phares issues de cette session : Appliquer pleinement la loi d’orientation sociale de 2010 avec ses décrets d’application ; Former les forces de sécurité et les services de santé à la prise en charge inclusive des victimes de VBG handicapées ; Renforcer l’accessibilité physique aux infrastructures publiques et de santé ; Promouvoir l’éducation inclusive dès le jeune âge pour prévenir la marginalisation ; Impliquer les leaders religieux et traditionnels pour déconstruire les normes sociales néfastes.
Cette session s’inscrit dans la stratégie du PASNEEG II, projet du Ministère de la Famille et des Solidarités, financé par la coopération italienne, qui vise à renforcer l’équité et l’égalité des genres. La tenue de cette rencontre dans un lieu aussi symbolique que le Centre Talibou Dabo, dédié à l’éducation des enfants handicapés, envoie un signal fort sur la volonté d’inclusion et de justice sociale.
Le Sénégal s’est engagé dans la Vision Sénégal 2050, qui fait de l’inclusion un principe directeur du développement. Mais pour que cette vision devienne réalité, les voix des femmes et filles handicapées doivent être non seulement entendues, mais placées au cœur des politiques publiques.
Ce dialogue intergénérationnel est le point de départ d’un mouvement collectif et inclusif pour une société où chaque femme, chaque fille, quelle que soit sa condition, est protégée, respectée et valorisée.