Le rappeur Thiat, membre du groupe Keurgui, a encore frappé. Dans son dernier single intitulé « Poroze bi », l’artiste natif de Kaolack dresse un véritable réquisitoire contre le régime du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko.
À travers des paroles crues et percutantes, Thiat évoque plusieurs affaires qui défraient la chronique : le scandale de l’ASER impliquant son directeur général Jean Sène, mais aussi les noms de Waly Diouf Bodian, Fadilou Keita, Maïmouna Dièye, Biram Souleye Diop, Cheikh Tidiane Dièye et El Malick Ndiaye, entre autres responsables cités.
Dans ce titre aux accents engagés, l’artiste remet en cause le plan de redressement du pays, affiche son scepticisme vis-à-vis de la justice et exprime un pessimisme marqué sur l’horizon 2050. Fidèle à sa réputation de « poil à gratter » du pouvoir, il n’hésite pas à dénoncer les salaires faramineux, caisses noires et privilèges qui, selon lui, gangrènent l’État.
Avec « Poroze bi », Thiat confirme son rôle de vigie citoyenne et d’agitateur politique, utilisant le rap comme une arme de contestation et de dénonciation sociale. Un single qui risque de faire beaucoup de bruit dans le débat public.
Entre musique contestataire et engagement citoyen
Figure majeure du rap sénégalais, Thiat, membre du groupe Keur Gui Crew, s’est imposé depuis plus de deux décennies comme une voix incontournable de la contestation et de la conscience citoyenne.
Originaire de Kaolack, Thiat fonde avec son complice Kilifeu le groupe Keur Gui à la fin des années 1990, dans un contexte marqué par des mobilisations lycéennes. Dès leurs débuts, leurs textes, jugés trop virulents, leur valent censure, arrestations et intimidations. Mais loin de les freiner, ces épreuves renforcent leur détermination à faire du rap un instrument de dénonciation et de revendication sociale.
Le groupe s’impose avec des albums phares comme Ken Bougoul (2002), Liy Raam (2004) et surtout Nos Connes Doléances (2008), devenu culte pour sa lucidité politique et sa capacité à éveiller les consciences. En 2014, l’album-fleuve Encyclopédie confirme leur statut de figures centrales du hip-hop engagé en Afrique.
Au-delà de la musique, Thiat est l’un des initiateurs du mouvement Y’en a marre, né en 2011 pour dénoncer les dérives du pouvoir et mobiliser la jeunesse sénégalaise. Avec Kilifeu et d’autres rappeurs, il contribue à transformer l’indignation en action citoyenne, inscrivant durablement le hip-hop dans le champ politique.
Son influence dépasse les frontières : concerts au Japon, en Europe, en Afrique et conférences internationales, Thiat incarne un artiste-militant dont la voix porte bien au-delà du Sénégal. Son histoire a d’ailleurs inspiré le documentaire The Revolution Won’t Be Televised, présenté à la Berlinale en 2016.
Aujourd’hui encore, Thiat continue d’utiliser son art pour alerter sur les injustices, questionner le pouvoir et inviter les citoyens à ne pas baisser les bras. Entre rap et militantisme, il reste fidèle à sa ligne de conduite : faire de la musique un outil de lutte et de transformation sociale.