Le Sénégal s’interroge sur l’avenir de son modèle touristique. Ce samedi, le Pôle intégration du tourisme sénégalais a organisé un débat public autour d’un thème crucial : « Tourisme de luxe : moteur de croissance ou nouvelle forme de dépendance économique ? ». Une rencontre qui a permis à différents acteurs d’évaluer les retombées réelles de ce segment en pleine expansion* .
Un secteur porteur d’image et de recettes
Pour ses défenseurs, le tourisme haut de gamme reste un levier stratégique. L’arrivée d’hôtels de luxe et de grandes enseignes internationales constitue, selon eux, une vitrine pour le pays. « Le luxe apporte immédiatement des opportunités : des recettes plus élevées, des emplois dans l’hôtellerie, la restauration et l’événementiel, ainsi qu’une montée en compétences pour notre jeunesse formée dans les écoles hôtelières », a fait valoir Doudou gnagna Diop PCA de la SAPCO.
Le message est clair : positionner le Sénégal comme une destination privilégiée, capable de rivaliser avec des marchés installés tels que le Maroc, l’île Maurice, Dubaï ou encore Heraklion ou il dit être allé pour une visite.
D’aprés Mr Diop, dans cette localité se trouve les hôtels les plus hupés au monde et qui ne fonctionnent que 6 mois dans l’année à l’heure d’été. « je m’étais promené avec Mr le Maire de la commune et voilà ce qu’il m’a textuellement dit » vous voyez Président Diop ici tout est fermé en attendant la saison prochaine pour que notre économie touristique existe durablement, je suis obligé de subventionner et d’entretenir avec les taxes et RSE issus des établissements touristiques pour que la station Balnéaire reste durablement profitable » une idée qui selon lui mérite réflexion chez nous au Sénégal.
Des retombées locales jugées insuffisantes
Toutefois, ce modèle suscite des réserves. Doudou Gnagna Diop, PCA de la SAPCO, a rappelé les conclusions d’une récente étude canadienne consacrée au Sénégal : « Le tourisme de luxe génère des revenus, certes, mais l’essentiel échappe à l’économie nationale. Si près de 80 % des recettes repartent à l’étranger, la question se pose : qu’en reste-t-il pour les populations locales ? »
Il a également pointé du doigt l’état des infrastructures, citant l’exemple de Saly, « vitrine du tourisme sénégalais », mais confrontée à des routes dégradées, à une signalisation quasi inexistante et à des problèmes d’insécurité. « Le tourisme durable ne peut s’accommoder de tels manquements », a-t-il martelé.
Former pour mieux capter la valeur ajoutée
Au-delà des infrastructures, le capital humain demeure un enjeu majeur. Selon Babou Diouf, spécialiste du secteur, la faible qualification de la main-d’œuvre locale limite l’impact du tourisme haut de gamme. « Dans un hôtel, près de 70 % des métiers exigent des compétences spécialisées. Or, seuls 3 % des Sénégalais disposent d’une formation de haut niveau dans le top management », a-t-il regretté.
Pour lui, investir dans la formation est la clé afin d’éviter que le tourisme de luxe ne se traduise par une exclusion des nationaux au profit des expatriés.
Un choix stratégique pour l’avenir
Le Référentiel Sénégal 2050 place le tourisme au quatrième rang des moteurs de croissance, avec une contribution estimée à 8 % du PIB. Mais la question centrale demeure : quelle part de ces 8 % bénéficie réellement aux Sénégalais et à leurs territoires ?
Les acteurs du secteur appellent ainsi à une réorientation vers un modèle inclusif et durable, intégrant davantage les communautés locales, l’artisanat, la culture et la préservation de l’environnement.
À l’heure où le Sénégal cherche à diversifier ses sources de croissance, le tourisme de luxe apparaît comme une promesse séduisante mais encore fragile. Son avenir dépendra de la capacité des autorités et des professionnels à transformer cette vitrine internationale en moteur de développement équitable et durable.
Anta Fofana Konaté (Correspondante)