Témoignage à l’occasion des 90 ans de Son Excellence Abdou Diouf

Evoquer Abdou Diouf à l’occasion de ses 90 ans, c’est assumer une mission immense. C’est un honneur, un privilège, une joie profonde, mais aussi une responsabilité : comment résumer en quelques mots une vie aussi dense, un parcours aussi exemplaire, une personnalité d’une telle profondeur ? 

Abdou Diouf est de ces hommes rares dont on croit les connaître, mais qui, toujours, dépassent l’image que l’on a d’eux.

Je voudrais d’abord rendre hommage à sa mère, Adja Coumba Déme, symbole du liggéeyou ndey agnupp dom – le sacrifice et l’amour inlassable d’une mère pour ses enfants. C’est là que se trouve la source de toute destinée : dans l’éducation, la tendresse et la discipline transmises. J’associe également à cet hommage son père, Ndiaye Diouf, et toutes celles et ceux qui ont façonné le caractère de l’homme que nous célébrons. Abdou Diouf est le fruit d’une lignée, d’une culture, d’un héritage qui allie valeurs africaines et ouverture au monde.

Né à Louga en 1935, il fera ses études primaires et secondaires à Saint-Louis, cette ville-carrefour de l’histoire du Sénégal. Saint-Louis, c’est l’élégance, la rigueur, la discipline républicaine, mais aussi l’ouverture à l’universel. C’est là qu’il a appris à conjuguer identité et universalité, tradition et modernité. De ce berceau est née sa personnalité d’homme de synthèse, capable de bâtir des ponts entre les cultures et entre les peuples.

Très tôt, il a eu pour guides des figures exceptionnelles, dont Mamadou Dia et surtout Léopold Sédar Senghor, qu’il appelait son maître et son mentor. « Je lui dois tout, car il m’a tout donné », disait-il. Voilà qui en dit long sur son humilité et sa fidélité. Il a puisé dans l’ombre du poète-président les armes de gouvernance, de diplomatie et de paix.

Mais au-delà du chef d’État, rappelons l’homme de famille. 

Son union avec Élisabeth Diouf est une leçon vivante de tolérance et de respect mutuel. Ensemble, ils ont incarné un couple complice, solide et amoureux, modèle de discrétion et de grandeur. Abdou Diouf nous enseigne qu’on peut être grand dans la République et humble dans sa maison, chef d’État et père attentif, président et époux fidèle.

Sur le plan politique, l’histoire retiendra qu’il est arrivé au pouvoir presque par accident, mais qu’il l’a exercé avec dignité et rigueur. Il a consolidé les institutions, renforcé l’État de droit et dirigé le Parti Socialiste avec sagesse et fermeté.

Le 19 mars 2000 restera une date fondatrice. En acceptant sa défaite et en félicitant son successeur, Abdou Diouf a offert au monde une leçon de démocratie. Peu de dirigeants en Afrique – et même ailleurs – ont eu ce courage et cette élégance. Par ce geste, il a élevé le Sénégal au rang de modèle démocratique respecté.

Après le pouvoir, il a donné une autre leçon, peut-être plus rare encore : celle de la dignité dans le silence. Jamais il n’a gêné ses successeurs, jamais il n’a cherché à influencer dans l’ombre. Il a montré qu’il existe une vie après le pouvoir, une vie faite de sérénité et de service.

Sur la scène internationale, son passage à la tête de la Francophonie a porté haut la voix de l’Afrique et du Sénégal. Le Maodo, le sage, a incarné la dignité africaine ouverte à l’universel, la voix du dialogue, de la diversité et du respect.

En ce jour béni, nous rendons grâce à Dieu pour ce don qu’est Abdou Diouf. Don pour sa famille, don pour son pays, don pour l’Afrique et pour le monde. 

Qu’Allah lui accorde santé, longévité et lumière. Qu’Il en fasse toujours un phare pour la jeunesse, une référence pour l’Afrique, une leçon vivante pour l’humanité.

Fils de Louga, élève de Saint-Louis, major de sa promotion à l’Ecole nationale de la France d’outre-mer, bâtisseur du Sénégal, ambassadeur de valeurs francophones, un sage pour l’Afrique et pour le monde, voilà qui est Abdou Diouf.

Abdoulaye Vilane

Président du Conseil départemental de Kaffrine