À son arrivée au pouvoir, l’État avait affiché de grandes ambitions, conscient des attentes pressantes des populations et des défis économiques et sociaux du pays. Plusieurs ministères et directions stratégiques avaient été confiés à des profils choisis, dans l’espoir de dynamiser la gestion des structures publiques et de renforcer l’efficacité des institutions.
Pourtant, près de certaines institutions, le constat est loin de convaincre. Des entités majeures comme l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP), la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le Port autonome de Dakar, la Loterie nationale sénégalaise (LONASE), l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (APIX) ou encore la Société africaine de raffinage (SAR) peinent toujours à produire des résultats tangibles. Lenteurs administratives, blocages internes et absence de performance visible font dire à certains observateurs que ces structures sont dirigées par de « petits directeurs à la tête de grandes entreprises », une critique qui traduit la déception face aux espoirs initiaux.
Cette situation s’inscrit dans un contexte de difficultés financières pour le Sénégal, aggravées par la dégradation de sa note à l’international et le refus du FMI de signer un nouveau programme d’accompagnement. Face à ce déficit de financements externes, l’État multiplie les initiatives pour mobiliser des ressources endogènes et rationaliser les dépenses publiques. Si l’attention est souvent portée sur les agences et institutions dont les missions se chevauchent, certaines sociétés publiques ou parapubliques semblent échapper à toute logique de rationalisation.
En effet, les directeurs généraux (DG) de nombreuses sociétés bénéficient encore de traitements jugés exorbitants. Sous l’ancien régime, certains percevaient jusqu’à 12 millions par mois, et malgré la volonté du président Macky Sall de plafonner les salaires des DG à 5 millions dans les agences d’exécution, cette règle reste largement contournée dans les sociétés publiques. Le récent débat autour des 7 millions supposés perçus par Fadilou Keita, DG de la CDC, illustre cette dérive.
Au-delà des salaires mensuels, certaines indemnités de départ continuent de susciter polémique. L’exemple de Me Moussa Diop, ancien DG de Dakar Dem Dikk, qui avait obtenu 120 millions F CFA lors de son départ, a révélé au grand public des pratiques jugées extravagantes, particulièrement dans un pays où l’État subventionne ces sociétés déficitaires. Des dérives similaires existent, parfois avec l’usage des biens de l’entreprise à des fins politiques, comme cela a été observé à La Poste.
Cette double problématique – manque de performance des institutions et rémunérations disproportionnées des dirigeants – pose une question fondamentale : la faiblesse des résultats est-elle liée à l’insuffisance des profils nommés ou à des blocages structurels plus profonds ? Quoi qu’il en soit, ces pratiques risquent d’affaiblir la confiance des Sénégalais dans la gestion publique et de fragiliser la crédibilité des initiatives gouvernementales, y compris dans le cadre du plan de redressement économique et du Plan Sénégal 2050.
Alors que le tandem Diomaye-Sonko promet une plus grande orthodoxie dans la gestion des biens et des deniers publics, l’opinion publique attend désormais des mesures concrètes pour limiter les dérives et assurer que les institutions stratégiques servent réellement l’intérêt général. La réussite de ces directions conditionne, en grande partie, la capacité de l’État à tenir ses promesses de transformation et de redressement.