Au Sénégal, certains prêchent avec la parole, d’autres avec les actes. Sokhna Aïda Diallo, elle, a choisi la troisième voie : celle du feeling mystico-social, un art délicat où les prières s’accordent aux pas de danse et où les bienfaits se distribuent avec la grâce d’une marraine céleste.
Veuve de Serigne Béthio Thioune, ce marabout au charisme aussi puissant que sa logistique de “thiant”, Sokhna Aïda a hérité d’un empire spirituel, mais aussi d’un public fidèle — parfois plus discipliné que des élèves en cours de Coran. Les “thiantacounes” de Mbour à Dakar, de Keur Samba Laobé à Paris, scandent son nom comme une incantation : “Sokhna Aïda mooy baax, gooré, taabé⁹” Et sur les réseaux, ses vidéos deviennent des psalmodies 2.0 : les “lives” de l’au-delà.
Mais derrière les foulards de soie et les grands boubous couleur de lune, il y a aussi la bienfaitrice sociale. Aïda Diallo ne se contente pas de distribuer des bénédictions : elle distribue aussi des riz, moutons et enveloppes de ziar. Dans un pays où l’État social est souvent en pause café, elle fait office de ministère à elle seule : ministère de la Compassion, de la Distribution et du Bon Feeling.
Les sceptiques y voient une stratégie d’influence. Les fidèles, eux, parlent de baraka. Et entre les deux, le peuple regarde, mi-amusé, mi-fasciné, cette femme qui transforme chaque cérémonie religieuse en clip spirituel.
Car quand Sokhna Aïda entre en scène, la dévotion se danse. Les corps se balancent, les foulards volent, les chœurs s’élèvent : on ne sait plus si l’on assiste à une veillée mystique ou à un concert divin. Son feeling, c’est une catéchèse en rythme, une foi qui se déhanche — un islam chorégraphique où la ferveur a le groove d’un sabar céleste.
Et quand ses disciples l’accompagnent, c’est tout un ballet de fidélité. On y prie, on chante, on pleure, on filme — puis on poste. Parce qu’au XXIᵉ siècle, même la sainteté doit passer par le Wi-Fi. Sokhna Aïda a compris le siècle mieux que bien des ministres : elle parle au peuple avec la langue du cœur et la grammaire du buzz.
Certes, certains ulémas froncent les sourcils, entre deux fatwas et trois soupirs : “La danse n’est pas dhikr.” Mais dans un pays où la spiritualité a souvent le visage du charisme, Sokhna Aïda impose sa version : celle d’un islam féminin, flamboyant, généreux et fièrement assumé.
Et pendant que d’autres s’épuisent à débattre de théologie, elle continue son chemin, entre bénédictions et boubous de luxe, prières et pas cadencés, disciples en transe et critiques en sueur.
Au fond, Sokhna Aïda Diallo, c’est la Madone des thiantacounes, la danseuse du divin, la bienfaitrice des âmes et des ventres vides — un mélange rare de ferveur et de feeling, de mystique et de marketing.
Et si certains voient en elle une exubérance, d’autres y lisent un message :
“Même la sainteté, au Sénégal, doit avoir du style.”
Malick BA
Sokhna Aïda Diallo : la veuve, les disciples et la danse du divin feeling
Mais derrière les foulards de soie et les grands boubous couleur de lune, il y a aussi la bienfaitrice sociale. Aïda Diallo ne se contente pas de distribuer des bénédictions : elle distribue aussi des riz, moutons et enveloppes de ziar. Dans un pays où l’État social est souvent en pause café, elle fait office de ministère à elle seule : ministère de la Compassion, de la Distribution et du Bon Feeling.
Les sceptiques y voient une stratégie d’influence. Les fidèles, eux, parlent de baraka. Et entre les deux, le peuple regarde, mi-amusé, mi-fasciné, cette femme qui transforme chaque cérémonie religieuse en clip spirituel.
Car quand Sokhna Aïda entre en scène, la dévotion se danse. Les corps se balancent, les foulards volent, les chœurs s’élèvent : on ne sait plus si l’on assiste à une veillée mystique ou à un concert divin. Son feeling, c’est une catéchèse en rythme, une foi qui se déhanche — un islam chorégraphique où la ferveur a le groove d’un sabar céleste.
Et quand ses disciples l’accompagnent, c’est tout un ballet de fidélité. On y prie, on chante, on pleure, on filme — puis on poste. Parce qu’au XXIᵉ siècle, même la sainteté doit passer par le Wi-Fi. Sokhna Aïda a compris le siècle mieux que bien des ministres : elle parle au peuple avec la langue du cœur et la grammaire du buzz.
Certes, certains ulémas froncent les sourcils, entre deux fatwas et trois soupirs : “La danse n’est pas dhikr.” Mais dans un pays où la spiritualité a souvent le visage du charisme, Sokhna Aïda impose sa version : celle d’un islam féminin, flamboyant, généreux et fièrement assumé.
Et pendant que d’autres s’épuisent à débattre de théologie, elle continue son chemin, entre bénédictions et boubous de luxe, prières et pas cadencés, disciples en transe et critiques en sueur.
Au fond, Sokhna Aïda Diallo, c’est la Madone des thiantacounes, la danseuse du divin, la bienfaitrice des âmes et des ventres vides — un mélange rare de ferveur et de feeling, de mystique et de marketing.
Et si certains voient en elle une exubérance, d’autres y lisent un message :
“Même la sainteté, au Sénégal, doit avoir du style.”
Malick BA