DÉTENTION DE FARBA : La défense met en cause la CENTIF et le parquet

Des Agnams, Mouhamadou Ngom dit “Farba”, continue de susciter de vives réactions. Incarcéré depuis le 27 février 2025 pour association de malfaiteurs, escroquerie sur les deniers publics et blanchiment de capitaux, l’ex-proche du régime précédent a, une nouvelle fois, vu sa demande de liberté provisoire rejetée. Ses avocats ont dénoncé, ce dimanche, lors d’une conférence de presse à Dakar, ce qu’ils qualifient de “violation flagrante de la procédure”.

Après plusieurs mois de détention préventive à la prison du Cap Manuel, l’équipe juridique de Farba Ngom avait introduit une demande de liberté provisoire pour raisons médicales. Les conseils invoquent une dégradation de l’état de santé de leur client, estimant que sa condition n’est pas compatible avec une incarcération prolongée. Si le juge d’instruction a rejeté la demande, il avait tout de même ordonné son transfert au pavillon spécial de l’hôpital Aristide Le Dantec. Mais cette décision a été annulée en appel.

Le 8 octobre 2025, la Chambre d’accusation financière de la Cour d’appel de Dakar a confirmé l’ordonnance de refus de mise en liberté provisoire, maintenant ainsi Farba Ngom en détention. Une décision que ses avocats jugent “injustifiée et juridiquement infondée”.

Prenant la parole devant la presse, Me Doudou Ndoye, membre du pool d’avocats, a vivement critiqué la procédure menée par le parquet. « Le dossier de Farba n’a aucun élément de renseignement quelconque. Il a passé neuf mois en prison sans que le procureur ne puisse l’entendre. On l’a envoyé en prison pour ensuite aller chercher des preuves », a-t-il dénoncé, estimant que son client n’a pas bénéficié de son droit fondamental à la défense. « Le pire, c’est qu’on n’a pas mis Farba en situation de se défendre. Le procureur n’a pas respecté la procédure », a-t-il insisté.

L’avocat est également revenu sur le rôle de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), qui avait transmis un rapport ayant conduit à l’arrestation de l’ancien maire. Selon lui, « la CENTIF est un organisme administratif placé sous l’autorité du ministère des Finances. Elle peut recevoir des renseignements de n’importe qui et les transmettre au procureur, mais cela ne dispense pas ce dernier de mener une enquête contradictoire avant de priver un individu de sa liberté ».

Pour Me Ndoye, il y a eu précipitation et violation des règles élémentaires de la procédure pénale. « Le procureur peut certes requérir un mandat de dépôt, mais il doit avant tout s’assurer qu’il existe des éléments probants. Dans ce dossier, on est allé trop vite. Quand on ne respecte pas la procédure, on viole les droits de l’homme », a-t-il martelé.

L’avocat annonce d’ailleurs la publication d’un ouvrage consacré aux délits financiers au Sénégal, prévu pour le 3 janvier 2026. Il y reviendra, dit-il, sur les dérives possibles des mécanismes judiciaires dans les affaires économiques sensibles.

Pendant ce temps, Farba Ngom reste derrière les barreaux, dans l’attente de la suite de l’instruction. Ses avocats se disent déterminés à “poursuivre le combat judiciaire jusqu’au bout”, tandis que le parquet n’a, pour l’heure, pas réagi aux accusations portées par la défense.