SADIO, LE TER ET LE STADE: La dette visible qui rend les corbeaux muets

Hier, au Stade Abdoulaye Wade, le score n’était pas seulement 4–0. C’était la victoire du visible contre l’invisible, du concret contre la dette cachée.

Berlin, le 14 octobre 2025

Chers amis du Sénégal,

C’est Bassirou, fidèle éclaireur de vos âmes, qui m’a rapporté la nouvelle depuis le Café Le Rendez-vous des Idées. Hier soir, le Sénégal a encore écrit une page d’Histoire : une victoire éclatante, 4 buts à 0 contre la Mauritanie, avec un doublé majestueux de Sadio Mané, sur balles arrêtées, et une passe lumineuse de Krépin Diatta. Dans le vacarme des tambours et des vuvuzelas, dans les chants qui traversaient les gradins du Stade Abdoulaye Wade, une vérité s’est imposée : l’union sacrée est encore possible, quand le peuple décide d’oublier ses querelles pour célébrer ses héros.

Chers Senegalais,
Je ne suis pas de ceux qui s’émeuvent facilement. Mais avouez qu’il y a dans le geste de Sadio – ce joueur que certains voulaient envoyer à la retraite prématurée – quelque chose qui dépasse le football. Ce soir-là, son pied droit fut plus qu’un instrument sportif : il devint la preuve éclatante que la gratitude est la seule boussole d’une nation digne. Ceux qui l’avaient voué aux gémonies retournent déjà leurs micros et leurs stylos pour chanter ses louanges. Je les regarde, depuis Berlin, avec un sourire amer : l’ingratitude est une pandémie plus meurtrière que toutes les fièvres. On ne bâtit pas une République en tournant sa veste à la vitesse d’un ballon rond.

Et pourtant, au-delà du terrain, l’image la plus forte de cette soirée n’était peut-être pas seulement sur la pelouse. Elle était dans les tribunes, quand le Président Diomaye et son épouse Absa Faye ont fait leur entrée… en TER. Oui, ce Train Express Régional que Macky Sall fit bâtir contre vents, marées et sarcasmes. Ce TER dont un certain Ousmane Sonko, aujourd’hui Premier ministre, jurait jadis, la main sur le cœur, que « s’il voyait sa réalisation, il ne s’appellerait plus Sonko ». Or, voilà que Sonko porte toujours son nom, tandis que le TER, lui, roule, transporte, émerveille, et conduit même son Président et sa Première Dame au Stade Abdoulaye Wade. Quelle ironie de l’Histoire! Les promesses bruyantes des populistes s’effacent, mais les rails demeurent.

Car ce soir-là, deux monuments de béton et d’acier ont fait taire les corbeaux : le Stade Abdoulaye Wade et le TER. Deux legs d’un régime honni par certains, mais dont l’héritage est visible, tangible, incontestable. Alors, que l’on m’explique encore cette farce de la « dette cachée » ! Quand une dette devient rails qui sifflent et stades qui vibrent, elle n’est plus cachée : elle se voit, elle se foule, elle se chante. Cher Président Diomaye, si vous voulez convaincre vos concitoyens de croire à vos récits, commencez par demander à votre binôme de cesser de répéter cette rengaine vide. Les Sénégalais ne sont pas dupes; ils voient ce que leur dette leur a offert, ils montent dedans chaque matin.

Mais parlons un instant des corbeaux, puisque leur ombre plane toujours au Café Le Rendez-vous des Idées. L’un d’eux, sans le nommer, voulut fermer le Stade Abdoulaye Wade sous prétexte d’impayés. Quelle petitesse d’esprit ! Comment peut-on menacer un temple de la Nation pour une querelle comptable, au moment même où l’Histoire appelle à l’union ? Ces corbeaux n’ont jamais aimé voir le Sénégal gagner. Hier, dans l’opposition, ils chahutaient nos victoires, crachaient sur nos exploits. Aujourd’hui, les mêmes se drapent dans la tunique de l’union nationale, mais leur cœur reste au service de la division.

Chers Sénégalais,
Et pourtant, ce soir-là, les corbeaux ont perdu. Les « aigles », eux, ont pris leur envol. Je parle de ceux qui planent au-dessus des querelles, qui se reconnaissent dans les Lions, non pas parce qu’ils espèrent une rente ou une convention, mais parce qu’ils savent que la gloire d’une équipe est la gloire d’un peuple. Les aigles, ce sont ces supporters qui, malgré la vie chère, malgré les factures d’électricité qui étranglent les familles, ont trouvé la force d’aller chanter « Sénégal rek ! » dans les tribunes. Les aigles, ce sont ces joueurs qui, dans un geste de solidarité, ont payé des billets pour leurs supporters. Voilà la République vivante, voilà le patriotisme véritable : quand ceux qui ont reçoivent et redonnent sans calcul.

Alors, chers amis, comprenez que cette soirée dépasse le cadre d’un match. Elle est un miroir tendu à notre Nation. Elle nous dit qu’un pays peut, l’espace de 90 minutes, se souvenir de ce qui le soude plutôt que de ce qui le divise. Elle nous dit qu’un peuple qui se bat pour applaudir ses héros est plus fort que les politiciens qui s’écharpent pour leurs égos. Elle nous dit qu’un joueur qui rend à son peuple par un doublé ce qu’il a reçu en confiance vaut mieux que mille influenceurs payés pour insulter.

Je vous écris avec la gravité d’un vieil homme qui a vu l’Allemagne sombrer dans la haine et se relever par le travail. N’oubliez pas que les nations meurent non pas par défaite militaire, mais par défaite morale. Quand les héros sont salis, quand la gratitude disparaît, quand les bâtisseurs sont effacés, alors le pays s’effondre de l’intérieur. Mais ce soir, votre Sénégal a montré l’inverse : il a célébré ses Lions, il a reconnu ses bâtisseurs, il a rappelé à ses dirigeants que la dette visible vaut mieux que les promesses invisibles.

Permettez-moi d’achever cette lettre par une note ironique, comme toujours. Que ceux qui voulaient renvoyer Sadio à la retraite s’inspirent de ce vieil adage : « L’arbre que l’on croyait mort porte encore des fruits, mais c’est le bûcheron qui s’est trompé. » Et que ceux qui criaient à la « dette cachée » montent simplement dans le TER et lèvent les yeux au Stade Abdoulaye Wade : ils verront que la dette, loin d’être une ombre, est devenue une lumière.

Chers Sénégalais,
Ce soir vous n’étiez ni partisans, ni adversaires, ni pro-corbeaux, ni anti-aigles. Vous étiez un peuple, uni derrière ses Gaïndés. Gardez ce souvenir, car il est peut-être la plus belle leçon politique qu’un match de football puisse offrir.

Avec toute mon affection fraternelle et ma vigilance ironique,

Karl
Le Vieux Berlinois