Ce vendredi 17 octobre 2025, les ferrailleurs du Sénégal avaient prévu d’organiser une grande marche à Thiès pour faire entendre leur voix. Parti de la base militaire jusqu’à la place de France, ce rassemblement devait se tenir entre 15h et 18h. Mais à la surprise générale, les autorités locales ont interdit la marche à la dernière minute, sans fournir la moindre explication. Une décision qui a laissé dans l’incompréhension les nombreuses délégations venues des quatre coins du pays.
Malgré l’interdiction, les ferrailleurs n’ont pas voulu répondre par la confrontation. Fidèles à leur engagement citoyen, ils ont tenu un point de presse pour exprimer leur indignation et rappeler leurs revendications. À travers ce rassemblement pacifique, ils voulaient alerter les autorités sur la précarité de leur secteur, les manquements des industriels et l’inaction du gouvernement face à une situation qui dure depuis trop longtemps.
Les ferrailleurs dénoncent en premier lieu le non-respect de la lettre circulaire du 29 septembre 2025 émise par le ministre du Commerce. Cette circulaire fixait les prix de la ferraille pour réguler les relations entre les industriels et les collecteurs. Mais depuis sa publication, les industriels ont refusé de s’y conformer. Ce refus a plongé des milliers de travailleurs dans la précarité, alors qu’ils sont les premiers fournisseurs de matières premières dans le secteur de la métallurgie.
Le porte-parole des ferrailleurs ne cache pas son amertume. Il s’interroge sur le silence du ministre Gueye Diop, encore en poste malgré le changement de régime. Il accuse les industriels de bloquer volontairement le processus de régulation, au détriment des acteurs locaux. Il rappelle que les ferrailleurs sont à l’origine de la matière première transformée en fer à béton, en ustensiles et en d’autres produits essentiels. Pourtant, ils se sentent méprisés et marginalisés.
Ils dénoncent également une concurrence déloyale de plus en plus pesante. Des entreprises comme Gravitaire importent des lingots d’aluminium et de fer, qu’elles réinjectent sur le marché à bas prix. Une pratique qui affaiblit considérablement les revenus des ferrailleurs, dont les matériaux deviennent moins attractifs. Certains se déplacent même à l’étranger pour collecter des métaux, mais à leur retour, ils se retrouvent face à un marché saturé et injuste.
Autre grief : les nombreuses irrégularités constatées dans les ponts bascules des industries, lors de la pesée de la ferraille. Les ferrailleurs affirment que leurs chargements sont systématiquement sous-évalués, souvent avec des justifications absurdes comme la présence de poussière ou de sable. Parfois, c’est jusqu’à une tonne de poids qui leur est retirée. Un manque de respect inacceptable, selon eux, surtout lorsque les caméras de surveillance, censées garantir la transparence, ne fonctionnent pas.
Les ferrailleurs rappellent qu’ils sont aujourd’hui plus de 18 000 à travailler dans ce secteur, sans aides de l’État, sans salaires fixes, mais avec une forte contribution à l’économie nationale. Là où certaines politiques promettaient la création de 5 000 emplois, eux en ont généré plus du triple. Ils participent activement à la lutte contre l’émigration clandestine, en offrant des opportunités concrètes à des milliers de jeunes Sénégalais.
C’est donc un cri du cœur qu’ils lancent au Président de la République Basseult Djamail et au Premier ministre Ousmane Songour. Ils leur demandent de tenir les promesses faites sur la souveraineté économique, de valoriser l’expertise locale et de rétablir la justice dans ce secteur vital.
Aujourd’hui, disent-ils, on ne peut pas parler d’industrialisation sans reconnaître le rôle fondamental des ferrailleurs. Sans eux, pas de matière à transformer, pas de développement industriel durable. Ils demandent donc l’ouverture totale de l’exploitation des produits ferreux et non ferreux, la suspension de l’importation de billettes de fer, et surtout, le respect et la dignité qu’ils méritent en tant qu’acteurs économiques à part entière