Mes chers compatriotes,
Aujourd’hui, je prends la parole pour alerter sur une situation qui concerne chacun d’entre nous, qui touche l’avenir de notre pays et de nos enfants. La Loi de Finances 2026 révèle une réalité qui ne peut plus être ignorée.
La présentation de la Loi de Finances Initiale (LFI) 2026 marque un tournant décisif dans la trajectoire budgétaire de notre pays. Les données révélées appellent à une prise de conscience nationale et à un sursaut collectif face à une situation économique qui menace la souveraineté, la stabilité et le développement durable de notre Nation.
Un déficit budgétaire préoccupant et un endettement structurel selon les prévisions officielles, les dépenses totales s’élèvent à 7 433,9 milliards FCFA, tandis que les recettes sont estimées à 6 188,8 milliards FCFA.
Ce déséquilibre engendre un déficit global de 1 245,1 milliards FCFA, équivalant à 5,37 % du PIB. Le besoin total de financement atteint 6 075,2 milliards FCFA, dont 4 307,4 milliards FCFA (70 %) destinés exclusivement à l’amortissement du principal de la dette.
Autrement dit, notre pays s’endette pour rembourser ses dettes, une dynamique qui compromet la soutenabilité budgétaire et limite considérablement la capacité de l’État à investir dans les secteurs porteurs. Cette situation traduit une crise de modèle : au lieu de financer le développement, la dette alimente son propre remboursement.
Un tel schéma fragilise la souveraineté économique et expose le Sénégal à une vulnérabilité financière chronique.
Une pression fiscale déjà maximale et une faible mobilisation des recettes non fiscales. Les recettes fiscales, estimées à 5 384,8 milliards FCFA, représentent près de 87 % des recettes totales et le taux de pression fiscale, de 23,2 % du PIB, place le Sénégal parmi les pays où le fardeau fiscal est déjà élevé, notamment pour les ménages, les PME et les secteurs productifs. En revanche, les recettes non fiscales, d’un montant de 355,9 milliards FCFA, restent marginales et témoignent d’un sous-recouvrement structurel d-s lors Le Sénégal continue ainsi de se priver de ses richesses pour vivre à crédit.
Cette faiblesse découle de l’insuffisante valorisation des ressources naturelles (pétrole, gaz, or, zircon, phosphate, fer, ressources halieutiques) et du faible rendement économique des entreprises publiques et parapubliques (SENELEC, SAR, SONATEL (& Orange), Dakar Dem Dikk, SONES, PETROTIM, AIBD, SOGEPA, etc.).
Une meilleure gouvernance, une transparence accrue et une stratégie de mobilisation optimale de ces ressources pourraient générer des recettes additionnelles substantielles, capables de financer durablement les politiques publiques sans alourdir le fardeau fiscal.
Des investissements publics en recul et un risque de stagnation économique.
Les investissements sur ressources internes s’élèvent à 1 448,9 milliards FCFA, soit environ 20 % des dépenses totales cela montre que, malgré les efforts, la majeure partie de notre budget sert à payer nos dettes, et non à bâtir des infrastructures, des écoles, des hôpitaux ou des opportunités pour notre jeunesse.
Ce niveau reste insuffisant pour impulser une transformation structurelle de l’économie, créer massivement des emplois et renforcer les infrastructures de base.
Dans un contexte où le service de la dette absorbe une part considérable du budget, les marges de manœuvre pour investir dans les secteurs sociaux (éducation, santé, emploi, logement, agriculture, énergie) demeurent étroites.
Ce déséquilibre menace la cohésion nationale et compromet la promesse de prospérité partagée. Si rien n’est fait, ce cercle vicieux de l’endettement asphyxiera notre budget, freinera nos investissements productifs (seulement 1 448 milliards FCFA prévus), et condamnera nos jeunes à subir les conséquences d’une mauvaise gestion. Il est urgent de réformer notre fiscalité, de valoriser nos ressources naturelles, de maîtriser nos dépenses et de rompre avec le cycle infernal de la dette. Le Sénégal ne peut plus attendre.
Un modèle budgétaire à réformer d’urgence. La dynamique actuelle de l’endettement crée un cercle vicieux :
Emprunter pour rembourser, sans relancer suffisamment la croissance réelle ;
Sous-investir dans la production nationale, au détriment de la compétitivité et de la création de valeur ajoutée ;
Renforcer la dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs et des partenaires financiers internationaux.
Ce modèle n’est pas soutenable. Il faut rompre avec la logique de survie budgétaire pour engager une véritable refondation économique fondée sur la productivité, la transparence et la justice fiscale.
Les orientations pour une trajectoire budgétaire responsable et souveraine
Face à ces défis, nous formulons les orientations suivantes :
a. Réformer en profondeur la fiscalité nationale, afin de la rendre plus équitable, plus incitative et moins pénalisante pour les ménages et les entreprises créatrices d’emplois.
b. Valoriser nos ressources naturelles et nos entreprises publiques stratégiques, à travers une gestion transparente, une meilleure gouvernance et un partage équitable des revenus issus de l’exploitation nationale.
c. Rationaliser les dépenses publiques, en réduisant les charges de fonctionnement, les subventions improductives et les doublons administratifs, pour libérer des marges d’investissement.
d. Prioriser les investissements à fort impact économique et social, notamment dans l’agriculture, l’énergie, l’éducation, la santé, l’innovation et les infrastructures de production.
e. Assainir et restructurer la dette publique, en privilégiant les financements concessionnels, en allongeant la maturité des emprunts et en améliorant la transparence de la gestion de la dette.
Appel à la responsabilité collective et à la mobilisation citoyenne. La situation actuelle n’est pas une fatalité. Elle exige du courage politique, de la rigueur administrative et de la vigilance citoyenne.
Chaque Sénégalais, chaque institution, chaque acteur économique doit être partie prenante d’un effort national pour restaurer la soutenabilité budgétaire et garantir la souveraineté économique.
Nous appelons à une concertation nationale sur la gestion des finances publiques, à la mise en place de mécanismes de reddition des comptes et à une participation citoyenne accrue dans le suivi du budget. Toutes les autorités et à tous les citoyens, il est urgent de réformer la fiscalité, de valoriser nos ressources naturelles, de maîtriser les dépenses publiques et de rompre avec ce cycle infernal de la dette.
Pour un sursaut national et une nouvelle gouvernance des ressources
Le Sénégal dispose d’atouts considérables : une jeunesse dynamique, un potentiel minier et agricole important, une position géostratégique enviable et un capital humain reconnu.
Mais sans une gestion responsable des ressources et une volonté politique ferme, ces atouts resteront inexploités.
L’heure n’est plus aux diagnostics, mais à l’action.
Chaque jour d’inaction creuse le déficit de confiance et compromet l’avenir de notre jeunesse.
Mesdames, Messieurs, chers compatriotes,
Le Sénégal doit se relever, dans la dignité et la lucidité.
Nous devons bâtir un modèle budgétaire fondé sur la production nationale, la justice sociale et la transparence dans la gestion publique.
L’avenir de notre pays dépend de notre capacité à agir avec courage et détermination. Nous devons reprendre notre destin économique en main, protéger notre jeunesse et bâtir un Sénégal prospère, souverain et durable.
L’histoire nous observe.
Nos enfants nous jugeront sur notre capacité à préserver leur avenir.
Le temps d’agir, c’est maintenant.
Pour un Sénégal souverain, responsable et tourné vers l’avenir.
M. Le Président Mr Bougar DIOUF
Union des Panafricanistes Sénégalais – UPS