MBODJ, L’AMI, LE JOURNALISTE : : Tu es parti à jamais… (Par Badara GAYE »

C’est avec les larmes qui perlent sur mes joues que je prends la plume pour rendre hommage à celui qui fut bien plus qu’un ami : un frère, un compagnon de route, un confident, un modèle d’engagement et de passion.
Mbodji et moi avons vu le jour dans le même patelin, Guéoul. Nos chemins se sont croisés dès les cours de récréation de l’école, du CP jusqu’au lycée, tissant au fil des années une amitié indéfectible, nourrie par des souvenirs, des rêves et des ambitions partagées. Ensemble, nous avons façonné nos premières idées, rêvé de changement, discuté de notre rôle dans la société.
C’est animé par cette volonté d’être utiles à notre communauté que Mbodji m’a un jour proposé un projet qui allait marquer notre jeunesse : créer un journal local. « Pour être utile à notre patelin », disait-il. Ainsi naquit La Voix de Guéoul, un mensuel d’informations auquel nous avons consacré toute notre énergie. J’en fus le directeur de publication, mais l’âme, l’inspiration, la force motrice de cette aventure journalistique fut bel et bien Mbodji.
Si certains membres de cette première rédaction ont par la suite emprunté d’autres chemins professionnels, lui n’a jamais quitté celui du journalisme. Car pour Mbodji, ce n’était pas un simple métier, encore moins un gagne-pain : c’était une vocation, une passion brûlante, une mission. Il croyait au pouvoir de l’information, à son rôle dans l’élévation des consciences et dans l’édification d’une société juste et éclairée.
Infatigable, curieux, rigoureux, il se tuait à la tâche. Toujours à l’affût du scoop, il multipliait les articles, enquêtes et les reportages, signant plusieurs « Unes » dans les colonnes du quotidien le plus lu du Sénégal. Sa plume, vive et incisive, savait captiver les lecteurs. Sa détermination, son professionnalisme et son intégrité lui ont valu le respect de ses pairs et l’admiration de nombreux lecteurs.
Mais au-delà du journaliste talentueux qu’il était, Mbodji incarnait une valeur rare dans notre époque : la fidélité. Sa loyauté envers ses principes, ses amis et ses engagements était sans faille. Vers la fin de l’année dernière, il fut approché par un grand patron de presse qui lui fit une proposition salariale très attrayante — dont je tairai le montant par discrétion-. Nous avons longuement discuté de cette opportunité, pesant les avantages et les perspectives. Pourtant, fidèle à ses convictions, il me confia calmement sa décision : il allait décliner l’offre. « Notre maison traverse des difficultés, certes, mais quitter le navire dans un moment pareil serait pour moi une trahison », m’avait-il dit avec cette sincérité désarmante qui le caractérisait. Et, en toute cohérence avec ses valeurs, il refusa poliment l’offre, préférant rester aux côtés de ses compagnons de route pour continuer le combat journalistique qu’il avait embrassé avec tant de passion.
Cet épisode résume à lui seul qui était Mbodji : un homme de principes, fidèle à sa parole, loyal envers ses engagements, incapable de tourner le dos à une cause à laquelle il croyait. Aujourd’hui, Abdou Mbodji s’en est allé, laissant derrière lui un vide immense dans nos vies, nos cœurs et dans le monde du journalisme sénégalais. Mais son héritage, lui, demeure : celui d’un homme qui a cru au pouvoir des mots, qui a servi sa communauté avec humilité et détermination, qui a su faire de sa passion un acte de dévouement.
Repose en paix, cher ami. Tu es parti trop tôt, mais ton nom, ton œuvre, ton éthique et ton souvenir continueront d’habiter nos mémoires et d’inspirer les générations futures. Ta voix ne s’éteindra jamais, car elle résonnera longtemps encore dans les pages que tu as écrites et dans les vies que tu as touchées.
« Je ne t’oublierai jamais, Mbodji. Ton nom restera gravé dans ma mémoire comme celui d’un homme de principes et de passion. »

Badara GAYE

Administrateur Général Erakis Oil Company