L’avocat français Me Pierre-Olivier Sur, membre du collectif de défense de l’ancien président Macky Sall, a remis en cause, jeudi à Dakar, la thèse d’une “dette cachée” au Sénégal. Selon lui, il ne s’agit pas d’un problème de dette dissimulée, mais plutôt de “rapports cachés” que les autorités actuelles n’ont pas rendus publics.
S’exprimant lors de la conférence des avocats de Macky Sall, Me Sur a estimé que “le vrai sujet, c’est celui des rapports cachés, les rapports qui disent que la dette était cachée”. Il a dénoncé le manque de transparence entourant plusieurs documents officiels relatifs à la dette publique, en citant notamment le rapport de l’Inspection générale des finances, le pré-rapport de la Cour des comptes et le rapport du cabinet Mazars.
L’avocat a qualifié le rapport de l’Inspection générale des finances de “premier à allumer le feu aux poudres”, tout en soulignant qu’aucun journaliste ni juriste n’en aurait eu copie. Selon lui, le pré-rapport de la Cour des comptes serait également inaccessible, malgré des demandes adressées au président de l’institution et au ministre des Finances. Quant au rapport du cabinet Mazars, Me Sur le présente comme “le rapport d’un cabinet indépendant d’audit international” que “personne ne détient”.
Revenant sur la forme, il a relevé plusieurs irrégularités dans la procédure, rappelant que la loi de 2012 imposait le dépôt du rapport de l’Inspection des finances dans les trois mois suivant la prise de pouvoir, alors qu’il aurait été soumis six mois plus tard. Concernant le pré-rapport de la Cour des comptes, il a indiqué avoir appris qu’il n’aurait pas été signé par l’Assemblée plénière, mais seulement par une chambre, suggérant ainsi un désaccord interne.
Sur le fond, Me Sur a invité à clarifier les termes du débat. “Une dette, c’est l’émission de papiers obligataires pris sur le marché. Mais si l’État obtient une facilité de paiement de quelques jours auprès des banques, est-ce une dette ?”, a-t-il interrogé, avant de rappeler que les définitions peuvent varier selon les normes internationales. Il a comparé la situation du Sénégal à celle de la France, où la dette de la SNCF, estimée à 40 milliards d’euros, n’a été intégrée au budget de l’État qu’en 2020, sans que cela soit considéré comme une manipulation des comptes.
L’avocat a défendu la politique économique de l’ancien président Macky Sall, estimant que “la dette est vertueuse quand il y a de la croissance”. “Sous Macky Sall, le PIB a été multiplié par deux. Il aurait été une mauvaise politique que de ne pas accompagner ce potentiel de croissance par une dette vertueuse”, a-t-il soutenu. Selon lui, le véritable problème survient “lorsque la dette reste mais que la croissance disparaît”.
En conclusion, Me Pierre-Olivier Sur a appelé à une lecture apaisée de la situation économique et politique du pays. “Le problème, ce serait de tout arrêter pour faire des procès aux prédécesseurs. Ce qui est important, c’est de respecter les anciens. Chaque nouveau pouvoir ajoute un étage à la maison, sans détruire les fondations”, a-t-il déclaré, en appelant à la continuité institutionnelle et à la stabilité politique.