CRISE BUDGETAIRE AU SENEGAL : S&P tire la sonnette d’alarme

La sonnette d’alarme retentit depuis quelques semaines, mais elle prend une ampleur particulière avec la dernière analyse de S&P Global Ratings rapportée par Agence Ecofin. L’agence de notation pointe désormais un risque croissant : l’exposition massive des banques ivoiriennes à la dette sénégalaise, à un moment où Dakar traverse la plus grave crise budgétaire de son histoire récente.

Selon les données relayées par Agence Ecofin, les banques basées à Abidjan détiennent à présent 42 % des titres publics sénégalais émis sur le marché régional, soit 1 800 milliards FCFA, l’équivalent de 3,1 % du PIB ivoirien. Un seuil jamais atteint dans l’UEMOA. Cette situation résulte en grande partie du rôle d’intermédiation joué par les établissements ivoiriens, qui servent de pont entre les investisseurs internationaux et le marché obligataire de l’Union, précise S&P.

Si la Côte d’Ivoire conserve sa notation souveraine ‘BB/B’, l’agence souligne toutefois que l’environnement économique régional s’est nettement détérioré depuis la dégradation du Sénégal au rang ‘CCC+’, intervenue le 14 novembre 2025. Cette chute est attribuée à une série de facteurs préoccupants : un endettement réévalué à 119 % du PIB, des coûts d’emprunt dépassant 7 %, des besoins de financement estimés à 29 % du PIB en 2026, ainsi que des discussions tendues avec le FMI. Le Premier ministre Ousmane Sonko continue de rejeter toute idée de restructuration, tandis que Dakar doit refinancer 2 600 milliards FCFA de dette extérieure dès 2026, un défi qui inquiète les observateurs.

Pour l’instant, S&P juge que le risque de contagion à l’économie ivoirienne reste limité. D’après les éléments rapportés par Agence Ecofin, seulement 2 % de la dette ivoirienne est détenue par des investisseurs étrangers. Les banques du pays affichent une solvabilité confortable de 16,3 %, la liquidité demeure abondante, et le marché est largement soutenu par des acteurs domestiques. À cela s’ajoutent le rôle stabilisateur de la BCEAO et l’ancrage du franc CFA à l’euro, deux piliers qui continuent de rassurer les investisseurs.

La solidité relative de la Côte d’Ivoire repose aussi sur sa stratégie financière proactive. S&P met notamment en avant les innovations du gouvernement ivoirien : premier emprunt durable africain garanti par la Banque mondiale, Samurai bond soutenu par la JBIC, première obligation en francs CFA placée sur un marché international, ou encore des opérations de rachat d’eurobonds destinées à réduire les pressions futures. Ces initiatives, combinées à un accès facilité aux financements concessionnels, ont permis de contenir la progression du coût de la dette.

Malgré les turbulences régionales, la Côte d’Ivoire conserve des fondamentaux solides, avec une croissance moyenne projetée à 6,5 % entre 2025 et 2028, portée par le cacao, l’or, les hydrocarbures et le développement portuaire. Mais S&P prévient que la stabilité n’est pas acquise. La question de la succession politique du président Alassane Ouattara et les tensions régionales, particulièrement la situation sénégalaise, pourraient rebattre les cartes dans les mois à venir.