Longtemps abandonnées à cause de la salinisation, les terres du Delta du Saloum, précisément celles de la Commune de Soum, retrouvent progressivement leur fertilité grâce à un projet pilote ambitieux de restauration mené dans le Bassin arachidier. Financé par le Fonds Inde-Brésil-Afrique du Sud (IBSA), le programme est coordonné par Dr Tidiane DIEYE, de la Direction de la planification et de la veille environnementale du Ministère de l’Environnement, en collaboration avec le Bureau de l’UNESCO de Dakar.
Lors d’une visite de terrain ce jeudi 20 novembre 2025 dans la commune de Soum, Dr DIEYE a présenté les premiers résultats qualifiés de « tangibles », tant sur le plan environnemental que socio-économique.
Selon le coordonnateur, le projet repose sur quatre axes majeurs : (1) Production de connaissances et de données scientifiques ; (2) Renforcement des capacités des communautés sur les bonnes pratiques ; (3) Implication active des populations locales ; et (4) Application de techniques de réhabilitation des sols salinisés.
« Le projet avance peut-être lentement, mais de manière durable », a précisé Dr DIEYE, insistant sur la philosophie qui a guidé l’initiative : expérimenter, évaluer, puis reproduire ce qui fonctionne dans une dynamique d’extention.
Grâce aux techniques introduites, les résultats sont inédits pour une zone longtemps marquée par l’abandon des rizières.
Avant le projet, les populations n’obtenaient qu’environ 1,5 tonnes de riz par hectare.
Aujourd’hui, certaines parcelles atteignent 6,7 tonnes/ha, notamment grâce à : l’introduction de variétés halotolérantes développées avec l’Institut Sénégalais de Recherches agricoles (ISRA), un partenaire stratégique de ce projet. A cela s’y ajoutent une fertilisation organo-minérale optimisée ; l’usage de la technique du repiquage, jusque-là méconnue dans la zone ; la mise en place d’une unité locale de compostage pour la production de fertilisants naturels enrichis à la poudre de coquillage pour favoriser le lessivage du sel.
Le projet a également introduit : le labour mécanisé, le semis direct en ligne, le semis en poquet.
Ces performances encouragent les populations à revenir exploiter des terres autrefois délaissées.
En plus de ces résultats, le projet génère d’autres effets environnementaux avec le reboisement d’espèces ligneuses terrestres, ainsi que la restauration des mangroves.
La mangrove, rappelle Dr DIEYE, est essentielle pour :
(i) la séquestration du carbone renforçant les efforts fournis pour la lutte contre les changements climatiques,
(ii) la conservation de la biodiversité car servant de lieu de reproduction, de nurserie et de refuge pour plusieurs espèces ;
(iii) les activités économiques telles que l’ostréiculture, l’apiculture et la pêche artisanale.
Ces actions s’inscrivent pleinement dans les enjeux mondiaux actuellement au cœur des discussions de la COP30 au Brésil.
Le succès du projet repose aussi sur une forte alliance locale.
Le programme travaille en étroite collaboration avec les autorités administratives, l’Aire marine protégée du Gandoule, le secteur des Eaux et Forêts de Foundiougne, le Service départemental de Développement rural, la mairie de Soum, des groupements féminins, et plusieurs associations.
« Ils ont compris que l’essentiel, c’est de partir de la base, de bien connaître le milieu et de proposer des solutions fondées sur des données probantes », a souligné le coordonnateur.
Les résultats obtenus à Soum offrent désormais une vitrine nationale.
Les techniques testées et les variétés de riz adaptées ISRIZ 10, 11, 12, 15, WARR 77, et Rock 5 peuvent être répliquées dans d’autres zones confrontées à la salinisation.
Le projet ouvre ainsi la voie à une extension à plus grande échelle, avec l’espoir de restaurer des milliers d’hectares de terres salées dans le pays.
L’engouement des populations, la multiplication des superficies emblavées et l’amélioration nette des rendements témoignent d’un changement profond.
Pour Dr Tidiane DIEYE, la satisfaction la plus marquante reste « le retour de l’espoir et la résilience retrouvée des communautés », désormais capables de lutter contre l’insécurité alimentaire tout en valorisant leurs ressources.
PMF