JOURNÉE DES MARTYRS ET VICTIMES : Diomaye hué, Sonko joue la carte d’apaisement 

Ce dimanche, le Grand Théâtre de Dakar a été le cadre d’une Journée de commémoration intense, rassemblant les militants et sympathisants de Pastef-Les Patriotes venus des quatre coins du pays, accompagnés de leurs familles et amis. L’événement rendait hommage aux « martyrs » des violences politiques survenues entre mars 2021 et mars 2024. La salle, pleine à craquer, a été le théâtre d’émotions fortes, de souvenirs douloureux et de moments de tension.

Le leader du parti, Ousmane Sonko, a présidé la cérémonie en soulignant la nécessité de réformer la justice et d’assurer une véritable équité dans le traitement des victimes. Il a réclamé le limogeage des magistrats accusés de comploter contre lui et ses partisans et a affirmé avec fermeté : « Personne ne peut m’empêcher d’être candidat aux prochaines élections, quel que soit le type d’élection. La décision me revient. »

La commémoration a été marquée par des témoignages poignants. Parmi eux, Mme Sarr, veuve d’un manifestant tué alors qu’elle était enceinte de deux mois, a bouleversé l’assistance en s’adressant au chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, dans sa langue maternelle, le sérère : « Vous tenez aujourd’hui votre bébé dans vos bras. Moi, le père de mon enfant a été tué. Je réclame justice pour que mon enfant puisse comprendre un jour pourquoi son père est mort. La balle est dans votre camp. » Son intervention a plongé la salle dans un silence lourd, suivi de sanglots étouffés.

Cependant, la prononciation du nom du président Diomaye par certains orateurs a provoqué des huées dans l’assistance. Conscient de la tension, Ousmane Sonko a immédiatement appelé à la retenue et à la mesure, rappelant aux militants que même dans la déception, il était impératif de garder le calme : « Quoiqu’il puisse arriver, il ne faut pas oublier que nous avons aussi fait des sacrifices et que nous étions présents au moment où les choses étaient critiques. »

Dans un geste clair d’apaisement, Sonko a reconnu l’existence de différends internes et de frustrations légitimes au sein du parti. « Il y a réellement un différend, mais il ne doit pas nous diviser », a-t-il déclaré. Il a expliqué que ces tensions proviennent avant tout d’un déficit de concertation et a appelé ses militants à restaurer le dialogue et l’écoute : « Nous devons nous rassembler, discuter du pays, du parti et entendre les ressentis de chacun. Ceux qui partagent une même destination doivent se concerter. »

Sonko a rappelé la rencontre qu’il avait tenue un mois plus tôt avec les victimes des événements passés, qui avait conduit à l’organisation de cette Journée des Martyrs et à la désignation de représentants chargés de témoigner. Pour lui, cette démarche de vérité et d’écoute est essentielle pour apaiser les tensions et renforcer la cohésion interne : « On oublie souvent que ceux qui dirigent aujourd’hui ont été, eux aussi, des victimes. »

Le leader de Pastef a insisté sur la nécessité d’éviter les débordements verbaux ou les interprétations passionnelles : « On peut être déçu, mais il faut savoir raison garder. Ni exagérer dans l’éloge, ni déformer la réalité quand on est en désaccord. » Il a aussi rappelé le rôle de Bassirou Diomaye Faye lors des moments critiques : « Quand nous étions dans l’épreuve, sa position a été constante et déterminée. Ce n’est pas aujourd’hui que nous devons l’oublier. »

En parallèle, Sonko a annoncé la relance officielle des activités de son parti. La commune de Guinguinéo sera le point de départ d’une tournée nationale visant à remobiliser les militants et renforcer les bases départementales. Le député Ismaela Diallo accueillera la délégation pour le lancement de cette phase de reconquête.

Pour Ousmane Sonko, la justice doit primer sur la vengeance. « Nous avons les moyens de nous venger et nous savons où nos bourreaux habitent, mais nous ne prendrons jamais cette voie », a-t-il affirmé. Il a rappelé que Pastef n’a jamais réclamé de représailles, mais exige simplement que justice soit faite dans le respect des règles.

Enfin, le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a quitté Dakar ce dimanche matin pour Abidjan afin d’assister à la cérémonie d’investiture du Président Alassane Ouattara. Son départ a été marqué par les honneurs protocolaire, avec la présence du Premier ministre Ousmane Sonko et de hautes autorités civiles et militaires, témoignant des relations de coopération entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire.