Face à une urbanisation galopante et à une pression croissante sur les derniers espaces naturels, le Sénégal accélère la réflexion autour d’une Ceinture Verte métropolitaine reliant Dakar et Thiès. Pendant deux jours, experts nationaux et internationaux, collectivités territoriales, chercheurs, ministères et organisations partenaires se réunissent dans le cadre de l’atelier international « Ceinture Verte Dakar/Thiès », organisé dans le sillage du projet du PNUE « Génération Restauration – Villes ».
Avec plus de 49 % de sa population vivant déjà en zones urbaines un taux qui devrait dépasser 60 % en 2035 (UN-Habitat, 2023) le Sénégal fait face à un défi majeur : concilier croissance urbaine et préservation écologique. Dans la métropole Dakar-Thiès, l’étalement foncier et l’accaparement des dernières poches naturelles aggravent l’érosion côtière, les îlots de chaleur, les risques d’inondation et le stress hydrique. C’est dans ce contexte que la foresterie urbaine et périurbaine apparaît comme un levier stratégique. Une Ceinture Verte serait en effet capable de restaurer la connectivité écologique, d’améliorer la qualité de l’air et de l’eau, de renforcer la résilience climatique et de soutenir une bio-économie émergente. À l’échelle régionale, elle permettrait également de relier la métropole à la Grande Muraille Verte (GMV), inscrivant l’initiative dans les engagements nationaux de restauration des terres dégradées.
Lancé en 2023 par le PNUE, le projet « Génération Restauration – Villes » accompagne 14 villes sélectionnées parmi 240 candidates. Dakar a été choisie pour développer un réseau intégré d’infrastructures bleu-vert (BGI) et une Ceinture Verte multifonctionnelle.
Ses objectifs sont clairs : restaurer la connectivité des sites naturels clés : Lac Mbeubeuss, Technopole, Plateau/Corniche, Port de Ndayane, Diamniadio ; endiguer l’expansion urbaine grâce à des zones tampons résilientes ; créer des opportunités économiques durables en s’appuyant sur la bio-économie et l’économie circulaire.
Depuis deux ans, le projet a concentré ses actions sur cinq sites prioritaires particulièrement vulnérables à l’érosion, aux inondations, à la salinisation et à la perte de végétation. Une démarche participative a permis d’associer communes, communautés locales, chercheurs et institutions, condition essentielle à la co-construction d’une vision d’aménagement durable.
Les ateliers nationaux de Dakar (février 2025) et Thiès (octobre 2024) ont déjà posé les premières bases techniques du projet. L’atelier international des 9–10 décembre marque désormais une étape décisive. Une occasion d’échanger avec des villes du Sud ayant déjà expérimenté des ceintures vertes (Ouagadougou, São Paulo, Nouakchott, Niamey) ; co-élaborer la Version 0 d’un schéma directeur métropolitain, liant Ceinture Verte, infrastructures bleu-vert et Grande Muraille Verte ; mobiliser un soutien politique et financier de haut niveau pour envisager un passage à l’échelle.
Au-delà de l’ingénierie écologique, l’initiative entend devenir un véritable levier socio-économique, créateur d’emplois verts et porteur d’un cadre de vie plus sain pour les populations des deux régions.
Représentant le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Dr Abdourahmane Diouf, le secrétaire général Fodé Fall a rappelé l’alignement stratégique de l’initiative avec l’Agenda Sénégal 2050, notamment son axe 3 consacré à un aménagement résilient et durable du territoire.
« Génération Restauration s’inscrit en parfaite cohérence avec l’ambition d’assurer un développement inclusif tout en préservant le patrimoine naturel pour les générations futures. La ceinture verte autour de Dakar et de Thiès dépasse le simple rempart contre l’étalement urbain : elle incarne une vision holistique conciliant biodiversité, adaptation climatique et cadre de vie », a-t-il déclaré.
Il a également salué l’engagement des bailleurs, des institutions partenaires et de la société civile, soulignant que « l’avenir de nos villes se joue maintenant ».
Colonel-major Babacar Dione, directeur des Eaux et Forêts et de la Conservation des sols, a rappelé l’objectif central du projet : réintégrer l’arbre et la nature dans le paysage urbain.
« Dakar était autrefois un cap vert. Aujourd’hui, c’est un cap béton. Il faut absolument renverser cette tendance. »
Selon lui, le projet a déjà permis de fédérer l’ensemble des acteurs de l’aménagement ministères, collectivités territoriales, universités, société civile, partenaires internationaux dans une dynamique inclusive et participative. Les travaux de l’atelier doivent maintenant permettre : de synthétiser deux ans de mise en œuvre, d’identifier contraintes et acquis, et de dégager les grandes orientations du futur schéma directeur.
La Ceinture Verte Dakar/Thiès pourrait devenir l’un des projets structurants les plus ambitieux du pays. Reliée à la GMV, intégrée aux projets urbains et soutenue par un réseau bleu-vert, elle contribuerait à : protéger les écosystèmes ; renforcer la résilience climatique ; améliorer la santé publique ; stimuler de nouvelles économies locales fondées sur la nature.
En réunissant expertise locale, savoirs scientifiques et retours d’expérience internationaux, l’atelier de Dakar ouvre la voie à la formalisation d’une vision métropolitaine inédite pour le Sénégal.
PMF