NOMINATION DE MIMI COMME SUPERVISEUR GÉNÉRAL : Ibrahima Sene interpelle Diomaye

A son Excellence le Président Diomaye FAYE.

Pourquoi la nomination de Mimi TOURE comme « Superviseur Général » pose problème ?

La nomination de Madame Aminata Touré comme Superviseur Générale de la Coalition Diomaye Président a été présentée comme un choix stratégique.
Pourtant, pour beaucoup d’observateurs, ce choix soulève plus d’interrogations qu’il n’apporte de solutions.
Il ne s’agit pas ici de nier le parcours de Mme Touré, mais d’évaluer sereinement la pertinence de ce positionnement dans le contexte politique actuel.

  1. Une nomination en décalage avec l’esprit de la nouvelle gouvernance
    Le projet porté par le Président Bassirou Diomaye Faye s’est appuyé sur une promesse forte :
    rompre avec les pratiques et figures du passé pour ouvrir une nouvelle ère politique fondée sur le renouvellement, la rupture et l’innovation.
    Or, Mimi Touré incarne, malgré ses compétences, est une personnalité centrale des anciens régimes, ayant occupé les plus hautes fonctions dans un système politique précisément critiqué pour ses dérives et ses limites.
    Pour de nombreux Sénégalais, cette nomination donne le sentiment d’un retour en arrière, voire d’un brouillage des repères idéologiques.
  2. Un signal confus envoyé aux militants et aux forces du changement
    La coalition Diomaye Président s’est construite grâce à un engagement citoyen massif, à une énergie militante unique et à des sacrifices énormes.
    Des milliers d’hommes et de femmes se sont mobilisés autour d’une rupture claire avec les élites traditionnelles.
    Confier un rôle aussi central à une personnalité qui a été au cœur de l’ancien pouvoir, a changé plusieurs fois de positions et d’alliances politiques, s’est fortement opposée au projet incarné par Sonko et Diomaye, peut être perçu comme une dévalorisation de l’engagement de la base, voire comme un manque de cohérence dans les choix stratégiques.
  3. Une coalition qui ne doit pas être supervisée, mais structurée collectivement
    La force de la coalition Diomaye Président repose sur un principe fondamental :
    la collégialité et la participation.
    Introduire une figure dominante et fortement personnalisée peut fragiliser l’équilibre interne, créer des tensions inutiles et donner l’impression que ,les cadres historiques, les mouvements citoyens, les forces vives ayant porté le projet, sont relégués au second plan au profit d’une logique politicienne traditionnelle.
    La supervision par une seule personnalité risque d’étouffer la dynamique collective au lieu de la renforcer.
  4. Une crédibilité internationale ne remplace pas l’alignement idéologique
    Les tenants de la nomination mettent en avant la stature internationale de Mimi Touré.
    Mais la crédibilité internationale n’a de sens que si elle s’accompagne d’une cohérence avec la vision transformante du Chef de l’État.
    Or, plusieurs positions publiques de Mimi Touré, notamment sur
    la gouvernance,
    les orientations économiques,l’indépendance judiciaire, et les choix souverainistes récents, ont souvent été en porte-à-faux avec les lignes défendues par l’actuelle majorité.
    La question n’est donc pas sa compétence, mais sa compatibilité idéologique et stratégique avec le projet de rupture voté en mars 2024.
  5. Un risque de frustration dans les bases territoriales
    Avec plus de 300 maires engagés et près de 290 partis associés, la coalition est un espace vaste mais fragile.
    Une personnalité aussi clivante que Mimi Touré peut cristalliser des méfiances, susciter des résistances et ralentir le travail de mobilisation, surtout dans les localités où son image reste associée à l’ancien système.
    Au moment où l’unité est essentielle, cette nomination risque davantage d’accentuer les fractures que de les résorber.
    En définitive : une décision discutable, et une vigilance nécessaire
    La reconstruction politique du Sénégal ne peut pas se limiter à redistribuer des rôles aux anciennes figures de la classe politique.
    La rupture exige :
    des visages nouveaux,
    une cohérence stratégique, une fidélité à la trajectoire idéologique,
    et une réelle volonté de transformation.
    La nomination de Mimi Touré, en l’état, apparaît comme un choix contestable, qui pourrait affaiblir la dynamique de changement plutôt que la consolider.
    Être contre, ce n’est pas refuser la compétence :
    c’est rappeler que la cohérence politique et le respect de l’engagement citoyen sont des conditions indispensables pour bâtir la majorité nouvelle que le pays attend.

Ibrahima SENE MONCAP PASTEF