À quelques semaines du lancement effectif de la campagne de commercialisation de l’arachide pour l’année 2025, de sérieuses inquiétudes persistent quant à son déroulement sur le terrain. Malgré les annonces officielles et les efforts consentis par les autorités, la campagne peine à véritablement démarrer, au grand désarroi des producteurs, principaux acteurs et bénéficiaires attendus de cette politique publique.
Le gouvernement a pourtant fixé un prix plancher de 305 francs CFA le kilogramme, une décision largement saluée par les acteurs du monde rural. Cette mesure visait à protéger les paysans et à leur garantir une rémunération décente de leur production. Cependant, dans plusieurs zones de production, notamment à Kaolack, Ndiedieng et Keur Madiabel, la réalité observée est bien éloignée des engagements pris.
Sur le terrain, les producteurs éprouvent de grandes difficultés à écouler leurs récoltes. Les points de collecte fonctionnels se font rares et, lorsqu’ils existent, le prix officiel n’y est pas toujours appliqué. Contraints par l’urgence et le manque d’alternatives, de nombreux paysans sont obligés de céder leur arachide à des prix oscillant entre 250 et 260 francs CFA le kilogramme, bien en deçà du seuil fixé par l’État.
Par ailleurs, une forte affluence de camions est constatée au niveau des usines lors des opérations de déchargement. Une situation qui soulève des interrogations légitimes sur les conditions d’achat de l’arachide acheminée vers ces unités industrielles. Selon plusieurs observateurs, il est peu probable que ces volumes aient été acquis au prix plancher officiel. Cette situation semble plutôt favoriser certains intermédiaires, qui achètent la production à bas prix auprès des paysans avant de la revendre à l’État à 335 francs CFA, réalisant ainsi des marges importantes au détriment des producteurs.
Dans ce schéma, les paysans apparaissent comme les grands perdants, tandis que l’État se retrouve, malgré lui, à subventionner indirectement des opérateurs privés, au lieu de soutenir efficacement ceux qui constituent le socle de la politique agricole nationale.
Face à cette situation jugée préoccupante, Dr Abdou Aziz Mbodji, maire de Ndiedieng et membre de PASTEF Ndiedieng, appelle les plus hautes autorités de l’État, notamment le Président de la République Bassirou Diomaye Faye, le Premier ministre Ousmane Sonko et le ministre en charge de l’Agriculture Mabouba Diagne, à prendre des mesures urgentes pour sauver la campagne et préserver le monde rural, déjà fragilisé par les mauvaises récoltes de l’année précédente.
Il préconise notamment le renforcement et le contrôle effectif des points de collecte, l’application stricte du prix plancher sur l’ensemble du territoire national, ainsi que l’ouverture des frontières aux exportateurs privés, afin de favoriser une concurrence saine et bénéfique aux producteurs.
Pour Dr Mbodji, il est impératif que les efforts déployés par l’État pour soutenir sa politique agricole ne soient pas détournés au profit de quelques opérateurs. La crédibilité de l’action publique, tout comme l’avenir du monde rural sénégalais, en dépend.