Le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a entamé ce samedi 20 décembre 2025 une tournée économique de cinq jours en Casamance, une région marquée par plusieurs décennies de conflit armé et présentée aujourd’hui comme un axe prioritaire de relance économique et de réconciliation nationale.
Cette première grande sortie économique du chef de l’État dans le Sud du pays intervient toutefois dans un contexte politique particulier, marqué par des tiraillements au sein de la coalition Diomaye Président et une mobilisation jugée faible, notamment du côté de certains militants et responsables de Pastef.
Un appel solennel pour une paix définitive
En visite à Dar Es Salam, dans la commune de Nyassia, Bassirou Diomaye Faye a lancé un appel fort en faveur du retour définitif de la paix en Casamance. Devant les autorités locales, les membres du gouvernement et les populations, le chef de l’État a insisté sur la nécessité de l’unité et de la réconciliation.
« La paix vaut tous les sacrifices, elle vaut tous les efforts », a-t-il déclaré, avant de tendre la main aux éléments du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) encore en rébellion, les invitant à rejoindre le processus de paix déjà engagé avec certaines factions.
Soulignant les blessures profondes laissées par des années de conflit, le président a plaidé pour une réconciliation des cœurs et des esprits, estimant que la Casamance « a trop souffert, avec elle le Sénégal ».
Le Plan Diomaye pour la Casamance au cœur du dispositif
Au deuxième jour de la tournée, le chef de l’État a réaffirmé sa détermination à favoriser le retour durable des populations déplacées, condition essentielle à la relance économique de la région. Il a salué le travail de l’ANRAC, du CNAMS, du PUMA et de leurs partenaires dans la dépollution des terres et l’accompagnement communautaire, tout en reconnaissant que « beaucoup reste encore à faire ».
Instrument central de cette stratégie, le Plan Diomaye pour la Casamance (PDC), doté d’un budget de 54 milliards de francs CFA, vise à corriger les retards économiques accumulés durant le conflit. Avec un taux d’exécution moyen de 39 %, les avancées sont jugées encourageantes par le président, qui appelle néanmoins à une accélération des efforts.
Lors du Festival Koom Koom 2025, la ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Maïmouna Dièye, a qualifié le PDC de « programme de justice sociale et d’équité », destiné à redonner à la Casamance son rôle de région locomotive du développement national.
Une tournée sous fond de malaise politique
Malgré l’importance des messages et des annonces, la tournée présidentielle s’est déroulée dans une ambiance jugée fade par de nombreux observateurs, marquée par une mobilisation militante en net retrait.
Selon plusieurs sources proches de la coalition Diomaye Président, des militants de Pastef se seraient volontairement mis en retrait, exprimant leur malaise face à ce qu’ils considèrent comme une mauvaise gestion interne de la coalition au pouvoir. Certains estiment que le projet de « mondialisation politique » autour du président Diomaye peine à susciter l’adhésion depuis les récentes tensions internes.
Au sein même de la coalition, des voix se sont élevées pour regretter l’absence du Premier ministre Ousmane Sonko, jugée incompréhensible pour une tournée aussi symbolique, menée dans son fief politique de Casamance. Pour certains responsables, sa présence aurait été un signal fort de cohésion au sommet de l’État.
Une plainte annoncée contre le Premier ministre
Allant plus loin, Bougar Diouf, représentant légal de l’Union des Panafricanistes Sénégalais (UPS), a annoncé le dépôt d’une plainte officielle auprès du Procureur de la République, dénonçant le refus du Premier ministre d’accompagner le chef de l’État.
Dans sa saisine, l’UPS évoque un manquement grave aux principes de solidarité gouvernementale, une atteinte au bon fonctionnement de l’Exécutif et une insubordination institutionnelle, appelant la justice à apprécier la portée juridique des faits.
Cette initiative judiciaire illustre le climat de crispation politique entourant la tournée présidentielle, contrastant avec le discours officiel axé sur la paix, la réconciliation et le développement.
Focus sur l’agriculture : visite à Coubalan
Dans l’après-midi de la deuxième journée de sa tournée, le président s’est rendu à Coubalan, dans le département de Bignona, pour une visite consacrée au volet agricole, autour de la digue antisel réalisée dans le cadre du projet de valorisation des eaux pour le développement des chaînes de valeur.
Le chef de l’État a été accueilli dans une forte ferveur populaire, au cours d’une cérémonie empreinte de chaleur humaine et de convivialité, illustrée par une atmosphère de cousinage entre communautés diola et sérère, symbole vivant de cohésion sociale et de paix durable.
Cette infrastructure structurante a permis de récupérer près de 550 hectares de terres agricoles autrefois rendues impropres à la culture en raison de la salinisation. Elle impacte directement 350 ménages des villages polarisés, qui ont pu reprendre leurs périmètres rizicoles et relancer leurs activités génératrices de revenus.
Le président a annoncé la mise en place de coopératives agricoles communautaires, destinées à structurer la production et renforcer les chaînes de valeur locales. Depuis 1960, c’est la première visite présidentielle à Coubalan, et les populations ont exprimé leur satisfaction et leurs doléances, notamment sur la santé et l’accès à des centres médicaux.
Au-delà de l’aménagement hydraulique, la digue antisel de Coubalan constitue un levier de transformation économique et sociale, contribuant à la sécurité alimentaire, à l’augmentation des revenus agricoles, à la création d’emplois et à l’amélioration durable des conditions de vie dans les zones rurales.
Entre espoir de paix et fragilités politiques
Si la tournée économique de Bassirou Diomaye Faye en Casamance a permis de réaffirmer l’engagement de l’État pour une paix durable, un développement inclusif et une agriculture résiliente, elle met également en lumière les fragilités politiques internes du pouvoir, à un moment charnière du nouveau régime.
Entre attentes populaires, défis sécuritaires et tensions au sommet de l’État, la Casamance apparaît plus que jamais comme un test politique majeur pour le président de la République.
« La communication sectaire du Palais »
Par ailleurs, la couverture médiatique de la tournée a été marquée par des restrictions de la part du Palais, certains journalistes se voyant refuser l’accès à certaines activités officielles. Cette gestion perçue comme une communication partisane et sélective, où le Palais choisirait « sa » presse, a suscité des interrogations sur la transparence et l’accès à l’information lors de cette tournée présidentielle.