CAF NATIONS LEAGUE : une réforme précipitée qui fragilise le football africain

L’annonce faite par Patrice Motsepe, président de la CAF, de faire passer la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) à un rythme quadriennal à partir de 2028, tout en instaurant une Ligue africaine des nations entre deux éditions, marque un tournant majeur dans l’histoire du football africain. Une décision lourde de conséquences, prise sans véritable débat public, ni concertation visible avec les fédérations, les joueurs, les ligues locales et les supporters.

La CAN, bien plus qu’une compétition sportive

La CAN n’est pas une simple compétition continentale. Elle est un marqueur identitaire, un moment de communion populaire, un espace d’expression politique, culturelle et sociale. Réduire sa fréquence, c’est affaiblir un symbole qui a permis à l’Afrique de raconter son propre football, à son propre rythme, loin des standards imposés par l’Europe.

Dans de nombreux pays africains, la CAN est la seule vitrine internationale régulière du football national. La rendre quadriennale revient à raréfier les opportunités de visibilité, notamment pour les nations émergentes.

Une imitation mal assumée du modèle européen

La création d’une CAF Nations League semble être une copie quasi mécanique de l’UEFA Nations League. Or, l’Afrique n’est pas l’Europe. Les réalités économiques, logistiques, climatiques et infrastructurelles sont radicalement différentes.
Introduire une nouvelle compétition sans résoudre les problèmes structurels existants (calendrier chaotique, stades homologués insuffisants, difficultés de déplacements, financement des fédérations) relève davantage de l’effet d’annonce que d’une réforme stratégique.

Un calendrier encore plus saturé et hostile aux joueurs

Les joueurs africains évoluent majoritairement dans des clubs européens, asiatiques ou du Golfe, déjà soumis à une pression extrême. Ajouter une nouvelle compétition inter-états, sans garanties claires sur la santé des joueurs, la coordination avec la FIFA et les clubs, risque d’aggraver les tensions existantes et de fragiliser encore davantage la position du joueur africain, souvent pris en étau entre club et sélection.

Quel impact réel pour le football local ?

La CAF justifie souvent ses réformes au nom du développement du football africain. Pourtant, rien n’indique que cette Ligue des nations africaine bénéficiera réellement :

aux championnats locaux,

à la formation des jeunes,

à l’amélioration des infrastructures,

ou à la professionnalisation des ligues nationales.

Le risque est grand de voir une compétition élitiste, concentrée sur quelques grandes nations, laissant une majorité de pays en marge, comme c’est déjà le cas avec certaines compétitions continentales.

Une gouvernance déconnectée des réalités

Cette décision renforce le sentiment d’une CAF plus soucieuse de son image internationale et de sa conformité aux standards UEFA que des besoins réels du football africain. Une réforme d’une telle ampleur aurait nécessité des états généraux du football africain, des consultations élargies et une phase pilote.

Pour une réforme repensée, pas imposée

Le football africain a besoin de réformes, certes. Mais de réformes ancrées dans ses réalités, progressives, inclusives et transparentes.
La CAN biennale n’est pas le problème du football africain ; elle en est l’une des forces. La fragiliser sans alternative clairement bénéfique est un pari risqué.

En voulant moderniser trop vite, la CAF prend le risque de diluer l’âme du football africain, au lieu de la renforcer.

Makhete Djite
Directeur cams