L’élection du Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a ouvert une séquence politique porteuse à la fois d’espoir et d’exigence. Après le moment fondateur, l’attention se déplace naturellement de l’élan initial vers la capacité réelle de l’État à traduire les décisions en action durable. Gouverner consiste alors à faire agir l’appareil public avec méthode, discipline et continuité.
La phase initiale du quinquennat a permis de clarifier plusieurs lignes institutionnelles. La restauration d’une Primature pleinement fonctionnelle, la redéfinition de certains portefeuilles ministériels et la volonté affichée de rationalisation administrative constituent des signaux allant dans le bon sens. Ces ajustements ne produiront toutefois leurs effets que s’ils s’inscrivent dans une architecture d’exécution claire, lisible et cohérente, capable de soutenir l’action publique dans la durée.
L’enjeu central se situe désormais dans la chaîne décision–exécution. Trop souvent, les politiques publiques échouent en raison d’un défaut d’alignement entre les niveaux de décision, l’administration centrale et les territoires. Les circuits de validation restent fragmentés, les responsabilités insuffisamment définies et les mécanismes de suivi trop faibles. À terme, cette dispersion fragilise la crédibilité de l’action publique et nourrit la défiance.
L’entrée en vigueur du budget constitue à cet égard une épreuve déterminante. Le budget est avant tout un instrument opérationnel, par lequel l’État s’engage sur des priorités, des calendriers et des résultats attendus. Faute de suivi rigoureux, d’arbitrages rapides et de coordination interministérielle effective, l’exécution budgétaire devient un point de vulnérabilité au lieu d’un levier de transformation.
La clarification des rôles entre la Présidence, la Primature et les ministères apparaît dès lors essentielle. La Présidence doit rester le lieu de l’impulsion stratégique et de l’arbitrage. La Primature doit disposer de l’autorité nécessaire pour coordonner, suivre et corriger l’action gouvernementale. Les ministères doivent, pour leur part, être responsabilisés autour de missions précises, assorties d’objectifs mesurables et de délais maîtrisés. Toute confusion entre ces niveaux affaiblit l’ensemble du dispositif institutionnel.
Le territoire constitue l’épreuve finale de l’exécution. C’est là que les politiques publiques prennent corps ou se délitent. La décentralisation ne saurait se réduire à un transfert formel de compétences. Elle suppose des administrations locales outillées, des circuits financiers fiables, une articulation claire avec l’État central et une capacité effective d’évaluation. À défaut, les ambitions nationales demeurent abstraites.
La réduction de 10 pour cent du tarif de l’électricité, entrée en vigueur le 1er janvier 2026 pour des millions de ménages, constitue un marqueur concret de l’exécution publique. Elle illustre la capacité de l’État à traduire une décision budgétaire en effet immédiat sur le pouvoir d’achat, de manière ciblée, mesurable et socialement lisible.
L’exécution publique exige enfin une véritable culture du suivi et de l’évaluation. Gouverner sans indicateurs, sans remontées régulières et sans mécanismes de correction revient à piloter à vue. La performance publique s’établit dans le temps long, par l’organisation, la rigueur institutionnelle et l’obligation constante de rendre compte.
Le Sénégal se trouve aujourd’hui à ce tournant. La promesse politique est bien présente. Sa crédibilité dépend désormais de la capacité de l’État à décider avec clarté, à exécuter avec efficacité et à produire des résultats visibles sur le terrain. C’est à cette condition que l’élan démocratique pourra se traduire en transformations durables.
Ousseynou Diallo
Juriste – Gouvernance institutionnelle
Coalition Diomaye Président