CONJONCTURE ECONOMIQUE : La CAN  pour oublier la galère

Au Sénégal, de nombreux citoyens tirent la sonnette d’alarme face à une situation économique devenue chaque jour plus difficile. Dans les rues de Dakar comme dans les villes de l’intérieur, les ménages décrivent une vie chère qui ne cesse de peser sur leur pouvoir d’achat, en particulier pour l’accès aux denrées de base, au logement et aux transports. Face à cette situation, l’argent semble être rare, et beaucoup doivent ruser pour trouver quoi mettre sous la dent. Même lorsque les prix des produits restent relativement stables, le manque de liquidités rend la vie quotidienne particulièrement compliquée pour de nombreuses familles.

Selon les dernières données publiées par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), l’indice des prix à la consommation a augmenté d’environ 2,9 % en rythme annuel à la fin de 2025, reflet d’une inflation persistante portée par les produits alimentaires, les transports et d’autres services essentiels. Cette hausse, même modérée en chiffres, se traduit sur le terrain par des difficultés concrètes pour les ménages à faire face aux dépenses quotidiennes, notamment dans une capitale souvent citée comme l’une des plus chères de la région.

Dans les marchés et les foyers, la flambée des prix de l’alimentation est particulièrement ressentie. Les produits locaux et importés subissent des hausses régulières, contraignant les familles à revoir leurs habitudes de consommation et à réduire leurs dépenses, parfois au détriment d’autres besoins essentiels. Pour beaucoup, cette situation est exacerbée par des salaires qui stagnent, alors même que les coûts de la vie grimpent. Des habitants racontent que, malgré les efforts pour trouver un emploi stable, la majorité des jeunes actifs rencontrent des difficultés à faire coïncider leurs revenus avec le coût réel des biens et services, surtout à Dakar où les loyers et les coûts du logement restent élevés comparativement à d’autres capitales ouest-africaines.

Cette réalité sociale contraste avec certaines projections économiques officielles. Les autorités et certaines institutions internationales ont récemment souligné des perspectives de croissance pour le pays, tirées notamment par les ressources pétrolières et gazières, ainsi que par des efforts de stabilisation macroéconomique. Toutefois, ces indicateurs macroéconomiques ne se traduisent pas encore par une amélioration tangible du quotidien pour une large frange de la population, ce qui alimente un ressentiment croissant.

Dans ce contexte, la responsabilité du gouvernement est mise en avant par une partie de l’opinion publique, qui interpelle directement les autorités économiques du pays, en particulier le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, et le ministre de l’Économie, Abdourahmane Sarr. Les critiques pointent notamment l’incapacité du gouvernement à endiguer l’inflation ressentie sur les produits de base et à améliorer le pouvoir d’achat des citoyens malgré la poursuite de politiques budgétaires et fiscales dont les effets ne sont pas encore perceptibles.

Malgré ces difficultés, les Sénégalais trouvent parfois des respirations dans le football, qui permet d’oublier, ne serait-ce qu’un instant, la galère quotidienne. D’ailleurs, les Lions du Sénégal doivent disputer la demi-finale de la CAN ce mercredi contre l’équipe d’Égypte, un événement qui mobilise et fait vibrer le pays entier, offrant un moment de fierté et de répit dans un contexte économique tendu.

Selon des sources économiques, le gouvernement sénégalais navigue entre la maîtrise des finances publiques, la nécessité d’attirer des investissements et les tensions liées à la dette, ce qui complique la mise en œuvre de politiques plus audacieuses pour soulager la pression sur les ménages. Cependant, dans les quartiers et les foyers, l’urgence reste la même : des familles qui peinent à boucler leurs fins de mois, des jeunes qui peinent à trouver des emplois stables, et une population qui espère que des mesures concrètes seront prises pour améliorer durablement le niveau de vie.

Par Modou Ndiaye