La série de nominations opérées récemment au sein de la Société nationale de gestion des déchets (SONAGED SA) place son Directeur général, Khalifa Ababacar Sarr, au cœur d’une controverse grandissante. De Ziguinchor à Oussouye, en passant par Kaolack, la jeunesse patriotique sénégalaise (JPS) multiplie les communiqués de dénonciation et les réactions virulentes sur les réseaux sociaux, exprimant un profond sentiment de frustration et de trahison.
La nomination de Matar Mbaye, militant de l’APR et de Benno Bokk Yakaar (BBY), au poste de Délégué départemental de la SONAGED à Ziguinchor, suivie de celle de Tombon Gueye, ancien maire de Diembéring et ex-responsable du PDS ayant rallié BBY, comme Délégué départemental à Oussouye, a agi comme un véritable électrochoc. Pour la jeunesse engagée aux côtés du projet porté par PASTEF, ces décisions sont perçues comme un recyclage assumé de figures de l’ancien régime, au détriment de militants qui ont été en première ligne durant les années de lutte.
Dans leurs communiqués, les sections départementales de la JPS dénoncent une logique qu’elles jugent incompréhensible, injuste et politiquement dangereuse. Elles rappellent que la jeunesse patriotique a payé un lourd tribut dans le combat pour l’alternance : répression, arrestations arbitraires, violences, pertes en vies humaines. À Ziguinchor notamment, la mémoire de dizaines de jeunes tombés lors des manifestations reste vive, rendant d’autant plus difficile l’acceptation de nominations accordées à ceux qui défendaient hier encore un système rejeté par le peuple.
Au-delà des personnes nommées, c’est la méthode et le message politique envoyé qui sont remis en cause. La JPS estime être réduite à un simple outil de mobilisation électorale, sollicité dans les moments de combat, mais écarté dès qu’il s’agit de gouvernance, de gestion et de reconnaissance du mérite. « On ne peut pas utiliser la jeunesse pour conquérir le pouvoir, puis l’exclure de la gestion des affaires publiques », martèlent plusieurs responsables dans leurs déclarations.
Ces tensions interviennent dans un contexte politique déjà marqué par des divergences perceptibles au sommet de l’État, notamment entre le tandem Ousmane Sonko – Bassirou Diomaye Faye. Dans ce climat, les choix opérés par le Directeur général de la SONAGED interrogent. Pour de nombreux militants et observateurs, une question revient avec insistance : à quoi joue réellement Khalifa Ababacar Sarr ? S’agit-il de simples décisions administratives, ou d’un positionnement politique délibéré qui s’éloigne de l’esprit de rupture et de justice porté par le projet victorieux ?
En l’état, ces nominations sont vécues par la jeunesse patriotique comme un signal négatif, voire comme une trahison morale et politique. Elles nourrissent un sentiment de marginalisation susceptible d’alimenter la démobilisation d’une base militante déjà éprouvée. Face à la montée de la contestation, la balle semble désormais dans le camp du Directeur général de la SONAGED et des autorités compétentes, appelées à clarifier leurs choix et à restaurer la confiance avec une jeunesse qui réclame, non des privilèges, mais respect, reconnaissance et équité.
Car, comme le rappellent avec insistance les militants de la JPS, on ne bâtit pas une rupture crédible en recyclant les symboles du système que le peuple a voulu tourner définitivement la page.