DE LA PRISON AU PALAIS : Diomaye raconte l’histoire… à sa façon

L’assemblée générale de la coalition Diomaye Président, tenue samedi au King Fahd Palace, a marqué une étape importante dans la restructuration de la mouvance présidentielle. Mais au-delà de la validation des textes fondateurs, la rencontre a surtout donné lieu à un discours fort du chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, qui semble désormais vouloir tracer clairement sa propre ligne politique.

Devant les responsables de partis, élus locaux et militants, le président de la République a annoncé que la coalition aura pour mission principale de soutenir et vulgariser l’action du gouvernement. « Cette coalition sera une coalition ouverte, efficiente, opérationnelle et pleinement au service de la vulgarisation de l’action du gouvernement », a déclaré Bassirou Diomaye Faye. La rencontre a permis d’adopter officiellement les textes fondateurs de la coalition, composés d’une charte et d’un règlement intérieur. Ces documents ont été présentés par Me Abdoulaye Tine puis remis au président d’honneur par la superviseure générale de la restructuration, Aminata Touré.

Désignée par le chef de l’État pour conduire ce chantier politique, l’ancienne Première ministre a rappelé que cette mission découle directement de la volonté présidentielle de redynamiser une coalition jugée jusque-là trop passive. Elle a insisté sur les principes qui devront désormais guider l’organisation : l’unité, la bonne gouvernance et l’efficacité politique.

Diomaye veut une coalition active sur tout le territoire

Dans son discours, le président Faye a exhorté les responsables politiques et militants à s’engager pleinement dans la défense et la promotion de l’action gouvernementale. « Déployez-vous pleinement dans les tâches que je vous ai assignées (…) Nous avons restructuré cette coalition pour corriger la léthargie qui y était notée », a-t-il affirmé.

Le chef de l’État souhaite désormais une coalition présente dans tous les départements, toutes les communes, tous les villages et tous les quartiers, afin d’expliquer et de défendre les politiques publiques.

Revenant sur la naissance de cette alliance politique avant l’élection présidentielle de 2024, Bassirou Diomaye Faye a rappelé les circonstances difficiles de sa candidature, à une époque où son parti, PASTEF, avait été dissous par l’ancien régime. Il a notamment évoqué les démarches personnelles qu’il avait entreprises auprès de plusieurs leaders politiques et candidats recalés afin d’obtenir leur soutien. « Notre victoire à 54,28 % dès le premier tour est la somme de tous ces apports (…) ce pouvoir, nous l’avons conquis avec vous et nous l’exercerons avec vous », a-t-il déclaré, promettant de rester le garant de la reconnaissance envers ses alliés.

La pique d’Abdourahmane Diouf qui relance le débat sur le duo au pouvoir

Mais l’un des moments les plus commentés de cette assemblée générale reste l’intervention du ministre de l’Environnement, Abdourahmane Diouf. Devant le président de la République et les responsables de la coalition, il a lancé une phrase qui a immédiatement suscité des interprétations politiques. « Le pays a actuellement beaucoup de gardiens : il y a les gardiens de but comme Édouard Mendy, les gardiens de portes, les gardiens de voitures… mais nous ne reconnaissons qu’un seul gardien : le gardien de la Constitution », a-t-il déclaré. Cette sortie est largement perçue comme une réponse indirecte au Premier ministre Ousmane Sonko, qui s’était récemment présenté comme le « gardien de la Révolution » lors d’une intervention à l’Assemblée nationale. En mettant l’accent sur la primauté du gardien de la Constitution, le ministre semble rappeler que la légitimité institutionnelle repose avant tout sur le président de la République.

La fin du mythe du duo ?

Les déclarations de Bassirou Diomaye Faye et les interventions de certains responsables politiques donnent le sentiment que le pouvoir sénégalais entre dans une nouvelle phase. Longtemps présenté comme un duo indissociable, le tandem formé par Diomaye Faye et Ousmane Sonko semble désormais évoluer vers une clarification des rôles et des centres de décision. En réaffirmant son ancrage dans le PASTEF dirigé par Sonko tout en reprenant fermement le contrôle de sa coalition politique, le chef de l’État paraît envoyer un message clair : la direction du pouvoir passe par la présidence de la République. Pour plusieurs observateurs, cette assemblée générale pourrait ainsi marquer le début d’une nouvelle séquence politique, où Bassirou Diomaye Faye affirme progressivement son autorité et son autonomie à la tête de l’État.