Résistance aux antimicrobiens : le Sénégal renforce son dispositif de surveillance

Le Sénégal intensifie sa lutte contre la résistance aux antimicrobiens, un phénomène considéré aujourd’hui comme l’une des menaces majeures pour la santé publique mondiale. La Primature a organisé, ce lundi, la cérémonie de clôture du projet Fleming Fund Phase 2 – Country Grant et du programme Fellowship Sénégal, deux initiatives destinées à renforcer la surveillance intégrée de la résistance aux antimicrobiens dans le pays.

La résistance aux antimicrobiens, qui survient lorsque des bactéries, virus ou parasites deviennent résistants aux médicaments destinés à les éliminer, représente un danger croissant pour la santé humaine, animale, la sécurité alimentaire et l’environnement.

Une approche multisectorielle pour une menace globale

Conscient de ces enjeux, le Sénégal a mis en place depuis 2017 le Haut Conseil national de Sécurité sanitaire One Health (HCNSS-OH). Placée sous la tutelle de la Primature, cette structure coordonne les actions de sécurité sanitaire selon l’approche « One Health » (Une seule santé), fondée sur la collaboration entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale.

À travers son Secrétariat permanent, le HCNSS-OH assure le suivi du Programme national multisectoriel de Sécurité sanitaire One Health (PNMSS-OH), qui mobilise plusieurs groupes techniques de travail, dont l’un est dédié à la lutte contre la résistance aux antimicrobiens.

Mis en œuvre entre 2024 et 2026, avec l’appui du gouvernement britannique et le soutien technique de partenaires tels que la Fondation Mérieux et la FAO, le projet Fleming Fund vise à améliorer les capacités nationales de surveillance, de collecte et d’analyse des données relatives à l’utilisation des antimicrobiens.

Des capacités de détection renforcées

Selon le Dr Bacary Thior, conseiller technique en santé du Premier ministre Ousmane Sonko, ce projet a permis de franchir des étapes importantes dans la lutte contre ce phénomène.

« La résistance aux antimicrobiens est aujourd’hui un réel problème de santé publique. Selon certaines projections, d’ici 2050, elle pourrait devenir l’une des situations sanitaires les plus difficiles auxquelles le monde sera confronté », a-t-il déclaré.

Le programme a notamment permis de former de nombreux professionnels issus des secteurs de la santé, de l’environnement, de l’agriculture et de l’élevage. Plusieurs laboratoires ont également été identifiés et équipés afin d’améliorer la détection de cette résistance.

« Ce projet a permis de mettre en place des mécanismes de détection et de surveillance qui permettront de savoir où se situent les zones les plus touchées par la résistance aux antimicrobiens », a expliqué Dr Thior.

Il a également rappelé que ce phénomène ne concerne pas uniquement la santé humaine. L’utilisation de pesticides et d’engrais dans l’agriculture ainsi que les médicaments vétérinaires utilisés dans l’élevage peuvent également contribuer au développement de résistances.

L’usage abusif des antibiotiques en cause

Pour Aïcha Marceline Sarr, responsable du bureau Afrique de l’Ouest de la Fondation Mérieux, la résistance aux antimicrobiens est déjà une réalité au Sénégal et nécessite des stratégies de surveillance efficaces.

Selon elle, ce phénomène est largement lié à l’utilisation abusive et inappropriée des antibiotiques.

« La résistance aux antimicrobiens est causée notamment par la surutilisation et la mauvaise utilisation des antibiotiques. Il est donc essentiel de mettre en place des stratégies impactantes pour surveiller leur utilisation », a-t-elle indiqué.

Elle a également rappelé que les microbes circulent facilement à travers les frontières, ce qui renforce la nécessité d’une mobilisation internationale.

« La prochaine pandémie pourrait être celle de la résistance aux antimicrobiens », a-t-elle averti, tout en réaffirmant l’engagement de la Fondation Mérieux à accompagner le Sénégal dans cette lutte.

Des pratiques hospitalières préoccupantes

Au niveau des structures sanitaires, les défis restent importants. La directrice de la qualité, de la sécurité et de l’hygiène hospitalière au ministère de la Santé, Dr Mame Awa Ndoye, a révélé que des enquêtes menées dans les hôpitaux ont mis en évidence des pratiques préoccupantes dans la prescription des antimicrobiens.

« Les résultats de l’enquête ont montré des situations extrêmement alarmantes en matière de prescription des antimicrobiens en milieu hospitalier », a-t-elle expliqué.

Ces données devraient permettre d’améliorer les pratiques médicales et de renforcer la sécurité des patients.

Elle a également rappelé que certaines études scientifiques alertent sur l’ampleur de la menace. Selon une publication de la revue The Lancet, la résistance aux antimicrobiens pourrait provoquer jusqu’à 22 millions de décès d’ici 2038 si des mesures fortes ne sont pas prises.

Pérenniser les acquis du programme

La rencontre a également permis de partager les bonnes pratiques issues du programme, d’identifier les défis persistants et de discuter des perspectives pour assurer la durabilité des acquis.

Les autorités sénégalaises ont réaffirmé leur engagement à poursuivre les efforts engagés afin de renforcer la sécurité sanitaire et consolider l’approche One Health, qui repose sur une coopération étroite entre les différents secteurs concernés.

Face à une menace sanitaire mondiale en pleine expansion, le Sénégal entend ainsi renforcer ses systèmes de surveillance et de prévention afin de mieux protéger la santé des populations.