Objet : L’Urgence d’Agir face aux dérives numériques corrosives pour notre jeunesse et nos valeurs fondamentales.
Madame la Ministre,
Recevez tout d’abord mes salutations et mon profond respect.
Permettez-moi en tant que Travailleur social de vous interpeller avec la gravité que commande un sujet menaçant les fondements mêmes de notre société : l’emprise délétère des réseaux sociaux sur nos enfants et adolescents. Tandis que la déferlante numérique submerge les esprits les plus vulnérables, votre département dont la délicate mission est de promouvoir l’épanouissement de la famille doit être en première ligne face à la corrosion des mœurs et l’effritement des valeurs qui cimentent notre vivre-ensemble.
Nos jeunes sont jetés en pâture à un flux incessant d’informations non régulé, où la démesure le dispute à l’indécence s’érigent en normes. Sous l’effet des algorithmes pernicieux, ils se métamorphosent : l’arrogance supplante le respect, la violence verbale et physique devient monnaie courante, la pudeur s’efface au profit d’une exhibition vulgaire, et toute retenue semble abolie. Ces plateformes, loin d’être de simples espaces d’expression, sont devenues des laboratoires d’incivilité, poussant une génération entière vers les extrêmes de la vulgarité et de la désocialisation. Nos enfants sont soumis à un bombardement toxique de contenusqui banalisent la violence, sanctifient l’impudeur et célèbrent la vulgarité comme vertu. Ces plateformes, véritables machines à désocialiser, transforment l’arrogance en norme et la grossièreté en langage courant. Elles sont la cause d’une désacralisation des parents ( piliers essentiels dans l’éducation de l’enfant) vers la revendication d’une autonomie mortifère pour la parentalité. Dans le langage courant, le « Papa » ou « Baay » perd sa sacralité et son autorité éducative au profit du simple « père » (géniteur). Le « Ndèye », naguère symbole maternel affectif et protecteur, se mue en insulte dans le jargon juvénile.
Face à cette urgence civilisationnelle, quels dispositifs concrets avez-vous instaurés pour endiguer cette lame de fond ?
Cette crise interroge la hiérarchie de nos principes : les droits de l’Homme, et spécifiquement ceux de l’enfant consacrés parla Convention internationale, priment-ils sur la préservation de nos valeurs humanistes ? Le droit à un développement harmonieux, à une éducation préservée des toxicités numériques, n’est-il pas la condition sine qua non de l’épanouissement des jeunes esprits ? Négliger cet impératif, c’est hypothéquer l’avenir même de la nation. Comme vous le savez, aucune société ne peut prospérer sans investir dans l’éducation de sa jeunesse ; à défaut, elle scie la branche qui la porte. Or les Associations de la Société civile ne peuvent à elles seules êtres délégataires de la régulation des mœurs. Il vous appartient de les suivre, les impulser, les encadrer et leur donner cohérence, car les droits de l’enfant exigent une protection active de l’État.
Même la France, terre des droits de l’Homme et des libertés, a pourtant récemment montré la voie en instituant une Commission parlementaire sur les effets psychologiques de tiktok (une plateforme érigée en symbole de ces dérives) sur les mineurs. Ce réseau, présenté comme un terrain de liberté créative, s’est mué en réceptacle d’insanités et de contenus abrutissants, exploitant la vulnérabilité cognitive des plus jeunes pour mieux déconstruire les repères éducatifs et moraux patiemment transmis.
La Commission parlementaire française est chargée d’agir sur 5 points, je cite :
« 1° Etudier et quantifier les dispositifs de captation de l’attention utilisés par TikTok ainsi que leurs effets psychologiques, notamment en termes de pensées et de comportements suicidaires, et sur les relations sociales intrafamiliales et extrafamiliales, en particulier sur les mineurs ;
2° Examiner les risques liés à l’exposition des jeunes utilisateurs aux contenus dangereux et à l’addiction numérique sur la plateforme ;
3° Proposer des mesures concrètes visant à protéger les mineurs, notamment en matière de régulation des contenus, de sécurité numérique et de modération des pratiques de la plateforme ;
4° Effectuer une analyse comparative des algorithmes de recommandation et des dispositifs de protection des mineurs mis en œuvre par TikTok et par sa version chinoise Douyin, concernant notamment les mécanismes de contrôle du temps d’utilisation, la nature des contenus proposés, les systèmes de vérification de l’âge et leur efficacité, l’impact des différences algorithmiques sur le développement cognitif, l’attention et le bienêtre psychologique des jeunes utilisateurs et les mesures prises pour prévenir l’exposition des mineurs à des contenus inappropriés ou dangereux sur les deux plateformes. »
Madame la Ministre, cette bonne pratique doit vous inspirer pour donner plus de sens à votre mission, particulièrement dans le domaine de la famille. Descendez sur le terrain, écoutez les familles en détresse, les travailleurs sociaux, les enseignants désemparés, les psychologues submergés par les cas d’enfants déstructurés par leur surexposition numérique. Mesurez l’ampleur des dégâts : la cellule familiale, ultime rempart contre la barbarie douce des écrans, vacille et perd sa boussole éducative. En tant que garante de cette institution sacrée, la responsabilité historique vous incombe.
C’est pourquoi, en plus de capitaliser ce modèle français, vous devez être l’architecte d’une stratégie plus globale, notamment :
1. Convoquez d’urgence une assise national sur les effets du numérique associant parents, éducateurs, experts du numérique, psychologues et plateformes.
2. Exigez des réseaux sociaux des algorithmes éthiques, des modérations effectives et des dispositifs de protection juvénile contraignants.
3. Légiférez pour imposer un « référentiel de décence » dans les contenus accessibles aux mineurs, sous peine de sanctions dissuasives.
4. Soutenez massivement l’éducation aux médias et la parentalité numérique dès l’école primaire.
La famille sénégalaise n’est plus un sanctuaire ; elle est un champ de bataille culturel. Si nous échouons à la défendre contre les assauts de la vulgarité organisée, ce sont nos enfants eux-mêmes qui, demain, déconstruiront l’édifice que nous leur aurons laissé en ruine. Agissez alors qu’il est temps.
Dans l’attente de mesures à la hauteur de ce péril civilisationnel, nous restons, en tant que Travailleur social en état de sentinelle.
Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de notreconsidération.
Alioune SECK Alkawlaki
77.564.74.25