PRIVILÈGES, TRANSPARENCE, LOYAUTÉ…. :Le clash parlementaire qui divise 

La sortie de Guy Marius Sagna sur les pratiques internes à l’Assemblée nationale continue de faire des vagues. À travers une déclaration largement commentée, le député de PASTEF a dénoncé une série de dérives qu’il juge incompatibles avec l’esprit de rupture et de sobriété prôné par son parti. Ses propos ont provoqué une vive polémique, divisant les rangs de la majorité et réveillant les critiques de l’opposition.

Un discours de rupture qui dérange

Dans sa déclaration, Guy Marius Sagna pointe du doigt plusieurs pratiques : distribution de Sukëru Koor aux députés, absence de transparence sur les fonds alloués aux groupes parlementaires, distribution de billets de pèlerinage, absence de consultation sur des décisions importantes comme l’achat de véhicules de fonction, ou encore retards dans les rapports de la commission de contrôle. Autant de comportements qu’il juge « indignes d’un régime en rupture ».

L’élu appelle à une gouvernance exemplaire, citant Mamadou Dia, Thomas Sankara et Amílcar Cabral, pour rappeler la nécessité de rester fidèle aux aspirations du peuple, loin des privilèges et du confort.

Répliques dans les rangs de PASTEF

Mais cette sortie a été fraîchement accueillie dans son propre camp. Le vice-président de l’Assemblée nationale, Ismaela Diallo, également membre de PASTEF, lui a répondu point par point. Il l’accuse d’incohérence et de discours à géométrie variable, soulignant notamment sa double rémunération en tant que député sénégalais et membre du Parlement de la CEDEAO. Il évoque également une dette de 500 000 FCFA envers le groupe parlementaire Yewwi, et met en doute sa régularité aux travaux de la commission de contrôle.

Le député Cheikh Faye a également critiqué la posture de Guy Marius Sagna, dénonçant un activisme parlementaire quantitatif mais peu efficace, une instrumentalisation de dossiers sensibles comme celui de l’ancien président, et une tendance à l’isolement au sein du groupe. Il rappelle que des efforts de modernisation de l’Assemblée sont en cours et appelle à une démarche collective et responsable.

L’opposition saisit la balle au bond

De son côté, l’opposition n’a pas manqué de réagir. Le député Pape Djibril Fall a dénoncé une situation regrettable et une focalisation sur des intérêts personnels alors que les priorités nationales sont criantes. « Je n’ai jamais sollicité ni reçu aucune avance ou privilège de l’institution parlementaire, en dehors de mon salaire », a-t-il précisé.

Et d’ajouter : « Je suis profondément choqué et attristé de constater que ceux qui ont été élus pour défendre les intérêts matériels et moraux des Sénégalais se retrouvent impliqués dans des polémiques futiles. Pendant ce temps, l’emploi des jeunes, la sécurité alimentaire, la situation du BTP, la sécurité des citoyens sont des urgences nationales qui méritent toute notre attention. »

Pour Pape Djibril Fall, ce débat révèle un manque de sens des priorités dans la représentation nationale.

Une fracture politique et symbolique

Entre les appels à la vertu d’un côté et les accusations de démagogie de l’autre, les tensions révèlent un tiraillement profond au sein même de la majorité parlementaire. Elles mettent aussi à nu un déficit de cohésion et une certaine désillusion dans l’opinion, qui attendait de l’Assemblée une incarnation claire du changement promis.

Au final, ce débat, s’il se prolonge, pourrait soit provoquer un réajustement salutaire dans la gestion de l’Assemblée, soit alimenter une crise de confiance durable entre les parlementaires eux-mêmes.