Le mardi 15 juillet 2025, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Abdourahmane Diouf, a partagé avec la presse un tableau exhaustif de la situation actuelle de l’enseignement supérieur sénégalais. Ce diagnostic sans détour intervient à un moment charnière, alors que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, ont exprimé leur volonté de refonder l’université sénégalaise sur les 25 prochaines années. La réforme annoncée devra s’appuyer sur une compréhension claire des défis et des urgences auxquels le secteur est confronté.
En 2024, le Sénégal compte 286 169 étudiants inscrits dans les établissements d’enseignement supérieur publics et privés. Ces étudiants sont encadrés par un corps de 2 495 enseignants-chercheurs répartis dans les neuf universités publiques que compte le pays. Ces institutions comprennent au total 73 facultés, 223 départements, ainsi que deux grandes écoles : l’École polytechnique de Thiès (EPT) et l’École nationale supérieure d’agriculture (ENSA). L’enseignement supérieur comprend également six Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP), 15 écoles doctorales, 62 filières professionnelles, 298 établissements d’enseignement, ainsi que six bibliothèques d’une capacité globale de 2 804 places.
Face à cette forte massification, le ratio d’encadrement reste problématique. En moyenne, un enseignant-chercheur encadre 50 étudiants. Ce ratio est ramené à un pour seize si l’on prend en compte les 6 000 vacataires, qui assurent à eux seuls 70 % des heures d’enseignement dans les universités publiques. Cette forte dépendance à la vacation constitue un frein à la stabilité du calendrier académique et à la qualité de l’enseignement. Le ministère a identifié un besoin urgent de recruter 1 500 enseignants-chercheurs supplémentaires afin d’améliorer le taux d’encadrement, de réduire les heures complémentaires et de garantir une meilleure continuité pédagogique. Toutefois, plusieurs obstacles freinent ce recrutement, notamment la limite d’âge fixée à 45 ans, l’absence de mécanismes flexibles pour intégrer les jeunes docteurs, et la fuite de talents vers des pays voisins comme la Guinée, qui recrutent des PER sénégalais.
Sur le plan budgétaire, l’État consacre chaque année un coût moyen de 1 178 742 francs CFA par étudiant, réparti entre un coût pédagogique de 542 702 francs CFA et un coût social de 636 040 francs CFA. Ces dépenses couvrent entre autres les prestations sociales assurées par les sept Centres régionaux des œuvres universitaires (CROUS), qui disposent de 26 567 lits, 31 restaurants universitaires d’une capacité de 19 477 places, et qui servent ensemble près de 30 millions de repas par an, pour un coût global estimé à 45 milliards de francs CFA.
La question des infrastructures reste l’un des chantiers majeurs à finaliser. Le gouvernement doit apurer une dette de 20 milliards de francs CFA due aux repreneurs des résidences universitaires. Plusieurs projets sont en cours, notamment la finalisation des résidences universitaires à Kaolack, Thiès, Fatick, Ziguinchor et Bambey, la construction d’infrastructures sociales et pédagogiques dans l’ensemble des universités, la réalisation des voiries et réseaux divers du site de l’Université du Sine-Saloum El Hadji Ibrahima Niass (USSEIN) à Kaolack, ainsi que la mise en place d’infrastructures spécifiques pour les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) à l’Université Amadou Mahtar Mbow (UAM), comprenant six bâtiments résidentiels, un complexe sportif et des restaurants.
Les performances du pays dans les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) illustrent un potentiel remarquable mais soulèvent également des interrogations sur la souveraineté scientifique. En 2024, sur une cohorte de 50 bacheliers des séries S1, S2 et S3, 39 ont été admis aux concours français et 24 sur 24 aux concours marocains. En 2025, le taux de réussite dépasse 95 %, avec 42 admissibles sur 44 candidats aux concours des grandes écoles d’ingénieurs telles que Mines-Ponts, Centrale, Télécoms ou les Instituts nationaux polytechniques. Toutefois, la grande majorité de ces élèves poursuivent leurs études à l’étranger. Le Réseau des établissements publics de formation des ingénieurs du Sénégal (REPFIS) travaille à mettre en place un dispositif permettant à ces talents de poursuivre leurs études dans les écoles d’ingénieurs sénégalaises, dans une logique de justice sociale et de consolidation de la souveraineté nationale.
Un autre signal d’alarme a été donné par l’Autorité nationale d’assurance qualité (ANAQ), qui a suivi les cohortes d’étudiants entre 2014 et 2021. Sur les 283 150 étudiants suivis, seuls 47 879 ont effectivement obtenu leur diplôme. Ce chiffre, bien que n’incluant pas les étudiants toujours en formation ou ceux ayant abandonné prématurément, illustre un faible taux de rendement qui fragilise l’efficacité globale du système.
Le ministre a également mis en avant l’entrée du Sénégal dans l’ère spatiale. Le 16 août 2024, le pays a lancé depuis la Californie son premier satellite, GAINDESAT-1A, conçu par des ingénieurs sénégalais. Un deuxième satellite, GAINDESAT-1B, est en préparation pour une mise en orbite prévue au premier trimestre de 2026. Les études techniques pour la création d’un Centre spatial national sont en cours. Le ministère entend par ailleurs clarifier la répartition des rôles entre les projets SENSAT et l’Agence sénégalaise d’études spatiales (ASES), tous deux relevant de la tutelle technique du MESRI, dans une perspective de rationalisation de la gouvernance spatiale nationale.
Sur le terrain de l’innovation, le Sénégal affiche également de grandes ambitions. En avril 2025, douze inventeurs sénégalais ont été sélectionnés par appel à candidatures pour représenter le pays au 50ᵉ Salon international des inventions de Genève, l’une des plus grandes vitrines mondiales de l’innovation technologique. Dans cette même dynamique, le ministère envisage d’organiser un Salon africain de l’innovation et des inventions, destiné à positionner le Sénégal comme un hub technologique continental. Le projet “UniverSalon”, déjà à l’étude, prévoit de rassembler plus de 300 exposants et 20 000 visiteurs.
En somme, l’université sénégalaise fait aujourd’hui face à un double défi : absorber la massification sans précédent de la population étudiante, tout en réhaussant les standards de qualité, de gouvernance, d’infrastructures et de recherche. Le diagnostic posé par le ministre Abdourahmane Diouf révèle un système sous pression mais aussi un vivier de potentialités. La réforme structurelle souhaitée par les plus hautes autorités de l’État devra être à la hauteur de ces enjeux, pour construire une université sénégalaise résiliente, équitable, innovante et pleinement tournée vers l’avenir. Ainsi l’on se dirige vers une réforme ambitieux selon le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et de l’Innovation monsieur Abdourahmane Diouf.
Par Sadio FATY