Tricherie au BFEM: Mbour et Louga exposent les failles du système

(Puce) L’organisation du ministère de l’Éducation en échec

La session 2025 du Brevet de Fin d’Études Moyennes (BFEM) est entachée par une série d’incidents qui soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la fiabilité du dispositif de sécurisation des épreuves et la qualité de l’organisation globale. Deux cas majeurs de fraude, signalés à Mbour et Louga, viennent jeter une ombre sur la crédibilité de l’examen et exposent les failles béantes d’un système à bout de souffle.

À Mbour, une alerte déclenchée par la vigilance du président du jury

Le premier scandale a éclaté ce mardi 15 juillet 2025 au centre d’examen Élite de la Nation, à Mbour. Quatre candidats ont été pris en flagrant délit de fraude, en possession de corrigés d’épreuves — aussi bien celles déjà composées que celles à venir. C’est grâce à la vigilance du président du jury, Moussa Sarr, que l’affaire a été révélée. Intrigué par l’absence prolongée de certains élèves après la récréation, il a procédé à une fouille minutieuse, découvrant dans un téléphone portable le corrigé de l’épreuve de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT), reçu dès 5h du matin, ainsi que celui de l’épreuve d’anglais, encore non composée au moment de la découverte.

Informée, la police de Diamaguène a rapidement interpellé les quatre élèves, désormais en garde à vue après avoir reconnu les faits. Le procureur de la République a ordonné leur arrestation pour fraude à un examen officiel. Une enquête a été ouverte pour remonter à la source de cette fuite.

À Louga, 18 élèves interpellés pour tricherie organisée

À peine deux jours plus tard, une autre affaire de fraude éclate, cette fois au centre Modou Awa Balla Mbacké (ex-Canadien) à Louga. Dix-huit candidats ont été interpellés, après qu’un surveillant a surpris un élève avec des corrections complètes des épreuves de Mathématiques, Physique-Chimie et Histoire-Géographie.

Selon les informations de l’Agence de presse sénégalaise (APS), l’un des candidats a confié avoir reçu ces documents d’un individu en échange de 20.000 francs CFA. Ne pouvant payer seul, il a mobilisé d’autres camarades avec lesquels un groupe WhatsApp a été mis en place pour diffuser les contenus frauduleux.

L’enquête en cours évoque déjà une « fuite organisée », laissant planer le soupçon sur une éventuelle complicité interne. Malgré cette situation, les épreuves se poursuivent sous haute surveillance au centre concerné.

Des dysfonctionnements signalés à travers le pays

Au-delà de ces deux cas spectaculaires, des difficultés ont été signalées dans plusieurs centres à travers le pays : absence de surveillants qualifiés, retards dans la remise des épreuves, confusion dans l’affectation des candidats ou encore problèmes logistiques majeurs. Autant d’éléments qui traduisent une désorganisation inquiétante, à l’heure où le ministère de l’Éducation nationale, dirigé par le ministre Cheikh Oumar Anne Guirassy, peine à rassurer.

Un système éducatif en péril ?

Ces pratiques frauduleuses et les dysfonctionnements constatés portent une grave atteinte à la crédibilité du système éducatif sénégalais. Elles compromettent sérieusement les chances de réussite des élèves méritants, qui se retrouvent en concurrence déloyale avec ceux qui trichent grâce à des réseaux bien huilés.

Face à cette situation, de nombreux observateurs et acteurs du secteur éducatif appellent à une réforme profonde de l’organisation des examens nationaux, à un renforcement des mécanismes de sécurisation des épreuves, mais aussi à une remise en question de l’approche actuelle du ministère.

Car au-delà des interpellations, c’est toute une génération d’élèves et la confiance dans l’école publique qui sont aujourd’hui en jeu.