Renégociation de l’autoroute à péage: Qu’attend l’État pour passer à l’action ?

Alors que le Sénégal s’engage dans un ambitieux plan de redressement économique, des voix s’élèvent pour réclamer une renégociation du contrat de concession de l’autoroute à péage Dakar–Diamniadio–AIBD, jugé encore trop déséquilibré malgré la réforme intervenue entre 2019 et 2021.

Ce contrat, liant l’État du Sénégal à la société SECAA SA, filiale du groupe français Eiffage, avait déjà été renégocié sous le président Macky Sall, aboutissant à un nouvel accord qui accordait à l’État 25 % du capital de la société, fixait une redevance annuelle indexée sur le chiffre d’affaires, et plafonnait le taux de rendement interne à 17 %. La durée de la concession avait cependant été prolongée jusqu’en 2044, au lieu de 2039.

Mais aujourd’hui, avec la volonté affichée du nouveau régime de réorienter les priorités budgétaires, certains acteurs politiques et économiques estiment que l’État pourrait retourner sur la table des négociations, dans le but de mieux capter les ressources issues de l’exploitation d’une infrastructure stratégique, construite pour une large part avec le soutien public et international.

Le Premier ministre Ousmane Sonko, dans ses déclarations récentes, a affirmé la nécessité de trouver des fonds propres pour financer les priorités sociales du gouvernement, notamment la baisse des prix, le soutien aux secteurs productifs, et le financement de programmes sociaux. Dans ce cadre, le contrat du péage est de plus en plus cité parmi les leviers possibles pour accroître les recettes de l’État, en lien avec d’autres mesures comme les audits des régimes fiscaux dérogatoires, la mobilisation des recettes minières et pétrolières, ou encore la révision des exonérations budgétaires.

Même si le contrat actuel comporte une clause de stabilité, il n’est pas totalement verrouillé. Des dispositions permettent une renégociation en cas de changement fondamental de circonstances économiques ou politiques, ou par accord mutuel entre les parties. À l’image de ce que le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a engagé dans le secteur pétrolier et gazier, une telle renégociation pourrait être envisagée sous le sceau de la transparence et de l’intérêt général.

Un juriste spécialiste du droit public contacté affirme : « Une renégociation est techniquement et juridiquement possible si elle est bien argumentée. Il s’agira toutefois d’un processus long, qui nécessitera de trouver un équilibre entre souveraineté économique et sécurité contractuelle. »

Du côté de la société civile et des usagers, la question est relancée avec insistance. Le coût élevé du péage reste une source de frustration populaire, surtout pour les zones périurbaines où le péage est devenu incontournable pour accéder à Dakar. Beaucoup estiment que, malgré les revenus perçus par l’État (14,5 milliards FCFA en 2021), les bénéfices restent insuffisamment redistribués à la population. D’autres voix pointent l’absence de transparence sur les tarifs, les investissements réalisés, et les dividendes reversés.

Dans ce contexte, le gouvernement pourrait être tenté d’inscrire cette question à l’agenda des réformes économiques, d’autant plus qu’elle peut constituer un geste fort pour symboliser la rupture avec l’ancien système de gouvernance. Si aucune décision officielle n’a encore été annoncée, la possibilité d’une nouvelle renégociation du contrat d’autoroute à péage n’est plus taboue. Elle s’inscrirait dans une logique plus large de rationalisation des ressources publiques, conformément aux annonces du Premier ministre Ousmane Sonko et à l’engagement du président Diomaye Faye pour une meilleure souveraineté budgétaire.

Les prochains mois diront si cette orientation sera concrétisée dans les actes.