Le feuilleton judiciaire autour du protocole de paiement controversé de 140 millions de dollars entre l’État du Sénégal et ArcelorMittal connaît un nouveau développement. Le doyen des juges a entamé une série d’auditions pour faire la lumière sur ce dossier vieux de plus d’une décennie, marqué par des soupçons d’opacité et de détournements.
Aly Ngouille Ndiaye face au juge
La première convocation est tombée hier matin. Aly Ngouille Ndiaye, ancien ministre de l’Industrie et des Mines, a été entendu à 10 heures par le magistrat instructeur. L’ex-ministre devait préciser son rôle dans la gestion du contentieux avec ArcelorMittal, un dossier qu’il avait récupéré lors de sa passation de service avec Abdoulaye Baldé.
Devant l’Assemblée nationale en 2015, Ndiaye avait déjà indiqué avoir hérité de deux documents clés : la « Sentence » et la « Transaction », susceptibles de livrer des secrets essentiels sur l’affaire.
Birima Mangara attendu sur les signatures
Le juge s’intéresse également à Birima Mangara, ancien ministre du Budget. L’instruction veut déterminer qui a validé le protocole transactionnel de 140 millions de dollars, assorti de 10 millions de frais supplémentaires. L’Agent judiciaire de l’État (AJE) avait refusé de signer, mais une signature figure pourtant sur les documents. Était-ce celle de Mangara, ou celle de son collègue de l’Économie et des Finances, Amadou Bâ ? La justice veut trancher cette énigme.
Retour sur une affaire ancienne
L’affaire ArcelorMittal trouve ses racines dans la rupture du contrat liant l’État à Koumba Ressources sous la présidence de Me Abdoulaye Wade. Cette rupture avait abouti à une condamnation arbitrale de 49 milliards FCFA. Après négociations, un accord conclu le 23 juillet 2010 avait ramené la somme à 37,5 milliards FCFA, payable sur cinq ans, assorti toutefois d’une clause de confidentialité imposant le silence vis-à-vis de l’opinion.
La relance par le régime Diomaye Faye
Le président Bassirou Diomaye Faye a récemment relancé le dossier en saisissant la justice par le biais de l’Agent judiciaire de l’État. Une information judiciaire a été ouverte pour corruption, association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux, recel et escroquerie, visant plusieurs filiales du groupe ArcelorMittal. Les responsables de ces entités n’ont pas encore été entendus, mais leur convocation est attendue.
L’audition d’Aly Ngouille Ndiaye a pris fin hier. L’ancien ministre des Mines sous Macky Sall est rentré chez lui après plusieurs heures d’échanges avec le magistrat. Mais ce n’est que le début d’un long processus judiciaire qui pourrait éclabousser de hautes personnalités de l’ancien régime.