« 86 jours de détention sans audition »: La défense de Mansour Faye dénonce une procédure vide 

Cela fait désormais 86 jours que Mansour Faye, ancien ministre du Développement communautaire, de l’Équité sociale et territoriale et maire de Saint-Louis, est détenu dans les couloirs austères de la prison centrale de Rebeuss à Dakar. Placé sous mandat de dépôt à l’issue de sa comparution devant la chambre d’accusation de la Haute Cour de justice, il est poursuivi pour association de malfaiteurs, concussion, corruption, prise illégale d’intérêts, faux et usage de faux en écritures privées de commerce ou de banque, détournement de deniers publics, blanchiment de capitaux, ainsi que pour complicité sur l’ensemble de ces chefs d’accusation. Ces poursuites concernent des présumées infractions financières liées à la gestion de 2,7 milliards de FCFA de fonds Force Covid-19, alloués à son ministère dans le cadre du Programme de résilience économique et sociale. Depuis son incarcération, Mansour Faye n’a pas été entendu, contrairement à d’autres anciens ministres mis en accusation comme Moustapha Diop, Ndèye Saly Diop Dieng, Ismaila Madior Fall ou Aïssatou Sophie Gladima, qui ont été auditionnés ou bénéficient d’un contrôle judiciaire.

Ses avocats, Me El Hadj Amadou Sall et Me El Hadj Diouf, dénoncent une procédure irrégulière et un dossier vide. Selon Me Sall, Mansour Faye a été emprisonné le temps de chercher des preuves et n’a jamais été entendu. Il pointe dix failles majeures dans le dossier, notamment l’absence d’audition préalable, le fait que le marché incriminé ait été attribué par appel d’offres au mieux-disant, que le prix proposé ait été inférieur aux prix moyens du marché, et que toutes les validations et paiements aient été effectués par le ministère des Finances avec contrôle préalable de la gendarmerie. Me Sall conclut que la responsabilité de son client n’est pas engagée et que le dossier est mal ficelé depuis le départ par l’Assemblée nationale.

Pour Me Diouf, cette incarcération répond à une logique d’acharnement politique. Selon lui, Mansour Faye est le seul ministre qui a respecté les règles de transparence en organisant un appel d’offres malgré les directives présidentielles de ne plus en faire durant la période de crise liée à la Covid-19. L’avocat dénonce l’impossibilité d’obtenir un recours contre les décisions de la commission d’instruction de la Haute Cour de justice, qu’il qualifie de juridiction politique où les députés hostiles à Mansour Faye seraient majoritaires.

Face à cette situation, les conseils de l’ancien ministre ont saisi plusieurs instances internationales, dont l’Union africaine, la CEDEAO, le Comité des droits de l’homme de l’ONU et des institutions européennes, dénonçant une violation flagrante des droits de l’homme et demandant au minimum une liberté provisoire pour Mansour Faye, en attendant que la justice le entende enfin.