NOTE EXPLICATIVE DE LA STRATÉGIE DE FINANCEMENT INNOVANT « PUBLIC DEBT INTO CLIMATE PROGRAMM »
Les 54 États africains sont parmi les plus vulnérables à la triple crise de la dette, du changement climatique et de la perte de biodiversité, aggravée par la pandémie de COVID-19. Le ratio moyen dette/PIB en Afrique a dépassé 85 % en raison de la crise économique mondiale, des conflits et de la réduction des financements de partenaires techniques et financiers, notamment l’USAID et l’Aide Publique au Développement. Les pertes économiques liées au changement climatique sont estimées entre 2 et 5 % du PIB par an d’ici 2030. Parallèlement, la biodiversité marine et terrestre subit une pression accrue due à la perte d’habitat, la surpêche, le braconnage et le changement climatique.
Le déclin des finances publiques limite la capacité des gouvernements africains à investir dans une reprise inclusive et durable. L’accès aux financements externes devient donc déterminant, qu’il s’agisse d’allègement et de restructuration de la dette, d’aide financière multilatérale et bilatérale, y compris prêts/subventions à taux réduit et Droits de Tirage Spéciaux (DTS) du FMI, ou de l’accès aux marchés financiers et aux financements privés externes. Sauvegarder le climat et la biodiversité devient un défi majeur dans un contexte de forte endettement, car les coûts du redressement économique post-pandémie épuisent les ressources nécessaires pour lutter contre la crise climatique et environnementale.
La dette africaine peut devenir un instrument de financement durable en permettant des investissements inclusifs dans la protection de la nature, l’amélioration du cadre de vie et la lutte contre le changement climatique. Cette approche pourrait constituer une passerelle pour répondre simultanément aux crises de la dette, du climat et de la biodiversité.
Dans l’espace UEMOA, le Sénégal est un acteur majeur sur le marché régional des titres publics. Entre mai 2024 et mai 2025, le Sénégal a levé 1 694 milliards FCFA, soit plus de 18 % des émissions brutes de la région. Au premier trimestre 2025, Dakar a mobilisé 960 milliards FCFA, privilégiant les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) à maturité moyenne ou longue. Le taux de couverture moyen des émissions dépasse 130 %, avec des rendements moyens pondérés entre 6,3 % et 7,72 %.
Malgré cette crédibilité, plusieurs défis demeurent. La réforme prudentielle de la BCEAO a limité l’exposition des banques aux titres souverains, augmentant la sélectivité sur le marché. L’encours de la dette intérieure sénégalaise dépasse 9 500 milliards FCFA début 2025, et le service de la dette représente environ 22 % du budget de l’État, limitant les marges de manœuvre pour les politiques sociales et productives.
Pour répondre aux crises multiples, il est proposé, pour les pays africains fortement endettés, la conversion ou l’échange de dette contre des programmes liés au climat et à la biodiversité, et pour les pays moins endettés, l’émission d’obligations à usage général liées au climat et à la nature (« Garantie de Performance pour le Climat et la Nature »). Le succès de cette approche nécessite l’engagement des principaux créanciers africains, dont la Chine et le secteur privé, avec le soutien du G20, des Nations Unies, du FMI, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement.
Les objectifs concrets sont la réduction de 50 % de la dette africaine et le refinancement de 50 % de la dette dans des programmes de lutte contre les changements climatiques et leurs conséquences.
Par Abdoulaye SECK
Économiste spécialiste en finance publique et gestion des risques