(Puce) Escroquerie sur les deniers publics, corruption et rétro-commissions, jeux en ligne, secteurs extractif, assurances et actifs virtuels…
La Cellule nationale de Traitement des Informations financières (CENTIF) a publié son rapport d’activités 2024, mettant en lumière les principales tendances et typologies observées dans le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Fruit d’analyses stratégiques fondées sur les déclarations de soupçon, les enquêtes judiciaires et les renseignements financiers, ce document met en évidence des mécanismes de plus en plus sophistiqués impliquant des acteurs économiques et politiques.
Escroquerie sur les deniers publics : une pratique persistante
Selon la CENTIF, l’escroquerie sur les deniers publics figure parmi les infractions les plus récurrentes. Les stratagèmes identifiés incluent l’ouverture de multiples comptes bancaires, des virements injustifiés, des dépôts à terme, des bons de caisse et des rachats de créances sur l’État.
Un cas emblématique a révélé qu’un responsable politique, désigné sous le nom de « Monsieur Alpha », a bénéficié de dizaines de milliards de francs CFA via des sociétés civiles immobilières créées au nom de proches. Les fonds, provenant d’une administration publique, ont été en partie transférés à l’étranger avant que les autorités ne procèdent à des saisies de plusieurs milliards.
Corruption et rétrocommissions
La CENTIF a également documenté des flux financiers suspects liés à des contrats de conseil. Plus de 1,5 milliard de francs CFA ont transité depuis une entité publique vers un cabinet basé en Europe, avant d’être reversés à une société sénégalaise. L’enquête a révélé un système de rétrocommissions et de paiements fictifs, laissant apparaître des indices de corruption, de trafic d’influence et d’association de malfaiteurs.
Les jeux en ligne, nouveau canal de blanchiment
Le secteur des paris et casinos en ligne connaît une recrudescence des affaires de blanchiment. Plusieurs sociétés locales, sous couvert de prestations numériques, ont reçu et transféré des centaines de millions de francs CFA vers l’étranger. Dans un cas, un opérateur utilisait des identités de personnes âgées pour alimenter des comptes de monnaie électronique destinés à effectuer des paris en ligne, donnant une apparence légitime à des fonds d’origine douteuse.
Assurances et contrats-vie
Le rapport relève également l’utilisation d’assurances-vie comme outil de blanchiment. Une souscription atypique de 100 millions F CFA, suivie d’un rachat anticipé quelques mois plus tard, a mis en évidence une tentative de légitimation de fonds issus d’abus de biens sociaux et de fraude fiscale.
Secteur extractif et corruption minière
Dans le secteur extractif, plusieurs sociétés minières ont été épinglées pour des flux financiers suspects en lien avec des transferts non justifiés et des pratiques assimilables à de la corruption. La CENTIF a mis en évidence des tentatives de dissimulation par fragmentation des fonds entre différents comptes.
Actifs virtuels : une zone grise exploitée
Enfin, le rapport alerte sur l’usage croissant des cryptomonnaies, non reconnues dans l’espace UEMOA. Deux sociétés sénégalaises ont été identifiées pour avoir mené illégalement des opérations liées aux monnaies virtuelles, avec des dépôts allant jusqu’à 70 millions F CFA par transaction. Les enquêteurs ont relevé des indices sérieux de blanchiment de capitaux, entraînant la saisine de la justice.
Un appel à plus de vigilance
La CENTIF conclut en soulignant que ces typologies reflètent la capacité d’adaptation des criminels, qui exploitent aussi bien les failles institutionnelles que les innovations technologiques. Elle invite les autorités publiques, les institutions financières et les opérateurs économiques à renforcer leurs mécanismes de contrôle et de conformité afin de mieux prévenir le blanchiment et le financement illicite.