SALIMATA DIENG, le crime d’avoir dit vrai (Par Malick Ba)

Au royaume du pouvoir, dire la vérité est devenu un sport extrême. Salimata Dieng, ex-chargée de mission à la Présidence, vient d’en faire les frais. Son tort ? Avoir dit tout haut ce que les militants de PASTEF murmurent tout bas : la jeunesse du parti est négligée, oubliée, reléguée.
Et dans ce reflet, PASTEF devrait voir la vérité nue : une jeunesse frustrée, une base ignorée, un pouvoir qui se replie sur lui-même.

Je ne la connais ni d’Adam ni d’Eve, mais tout indique que cette jeune femme croyait sincèrement au projet patriotique. Elle n’a pas insulté, elle n’a pas trahi ; elle a simplement parlé. Mais au pays des sourds politiques, la vérité fait l’effet d’un tambour dans une mosquée : ça réveille trop de monde.
PASTEF, jadis le parti le plus bouillant d’Afrique, semble aujourd’hui engourdi par les délices du pouvoir. Ses ex-détenus sont oubliés, ses jeunes compétents mis au placard, ses « chargés de mission » errent sans mission ni boussole. Le parti du peuple s’endort doucement dans les fauteuils capitonnés de la République.

Et voilà qu’une voix juvénile ose rappeler à la maison mère qu’on ne fait pas la révolution avec des fauteuils. Résultat : limogeage express, en bonne et due forme, comme pour avertir les autres rêveurs. Au PASTEF d’hier, on encourageait la critique ; au PASTEF d’aujourd’hui, on la sanctionne.

Ce parti, qui voulait incarner la rigueur, semble désormais distribuer les postes à la roulette, pendant que des jeunes formés, militants de la première heure, regardent la parade depuis les gradins. La jeunesse patriotique — jadis flamme du mouvement — devient figurante d’un scénario qu’elle a pourtant écrit.

Salimata Dieng n’est pas une rebelle, elle est un symbole,un miroir. Elle incarne ces jeunes militants qui refusent de transformer leur engagement en silence. Et si son éviction se confirme, ce ne sera pas seulement une erreur administrative : ce sera un signal politique inquiétant.

Car une révolution c’est comme un feu : si on n’alimente plus la flamme, il ne reste que la fumée. Si on n’écoute plus ses enfants, elle devient une monarchie déguisée. Et dans ce royaume-là, la vérité est toujours pimentée — et ceux qui s’y frottent, comme Salimata, s’y piquent.

Malick BA