DETACHEMENT DE LA DCS DU MEN : Une décision à haut risque pour l’avenir de l’éducation, selon Moustapha Diagne

Le débat sur la réorganisation des compétences au sein de l’État refait surface, cette fois autour du détachement de la Direction des Constructions Scolaires (DCS) du ministère de l’Éducation nationale (MEN). Une décision que beaucoup qualifient de stratégique, mais qui suscite déjà de vives inquiétudes dans le secteur éducatif.
Parmi les voix les plus critiques, celle de Mohamed Moustapha Diagne, ancien Directeur des Finances et du Matériel (DFC) du MEN, retentit avec force. Pour lui, « amputer la DCS du ministère de l’Éducation nationale n’est pas une bonne décision ».

Selon M. Diagne, le retrait de la DCS du giron du MEN remettrait en cause la mise en œuvre de la réforme UEMOA du budget-programme, en privant le ministère de l’un de ses principaux leviers budgétaires. En effet, la DCS est historiquement la direction la plus dotée financièrement, en raison de son rôle crucial dans la construction, la réhabilitation et l’entretien des infrastructures scolaires à travers le pays.
« Détacher la direction avec le plus grand budget, c’est exposer aux aléas des arbitrages budgétaires le destin des infrastructures scolaires », prévient l’ancien DFC.

La centralisation de la construction des infrastructures de l’État dans un autre ministère est, selon lui, une source potentielle de dysfonctionnements et de risques pour l’accès à une éducation de qualité.
Le MEN, rappelle-t-il, a pour mission première de garantir l’accès et la qualité du service éducatif. Pour cela, il doit maîtriser l’ensemble des leviers liés à la planification des écoles, des réhabilitations et à l’élimination des abris provisoires.
« Ramener la DCS dans le giron du MEN permettrait de maintenir la cohérence avec les interventions des bailleurs et partenaires techniques qui financent les infrastructures scolaires », insiste M. Diagne.

Mais au-delà de la question de la DCS, l’ancien haut fonctionnaire met le doigt sur un problème structurel plus profond : la dépendance financière du ministère de l’Éducation nationale vis-à-vis du ministère des Finances.
Il rappelle que 90 % des perturbations cycliques dans le système éducatif trouvent leur origine dans cette dépendance, notamment dans la gestion des salaires, rappels, avancements et indemnités.
« Lorsqu’un ministère gère plus de cent mille enseignants et quatre millions et demi d’élèves, il est question de l’avenir de tout un pays. Il doit disposer de moyens conséquents et sécurisés », soutient-il.

Mohamed Moustapha Diagne va plus loin en proposant la création d’un budget autonome pour le MEN, accompagné de mécanismes de financement innovants.
Il évoque notamment la mise en place d’une Banque des personnels de l’éducation, destinée à sécuriser les flux financiers et à réduire la dépendance vis-à-vis des arbitrages du ministère des Finances.
Cette autonomie, selon lui, permettrait de réduire drastiquement les chocs exogènes et de prévenir les grèves récurrentes qui perturbent le calendrier scolaire et nuisent à la qualité des apprentissages.

Le plaidoyer de l’ancien DFC dépasse la simple question administrative. Il interpelle sur la nécessité de repenser la gouvernance éducative dans son ensemble, afin de doter le système d’outils efficaces, cohérents et résilients.
Dans un contexte où le pays cherche à renforcer l’accès universel à une éducation de qualité, le débat sur la place et les prérogatives du MEN s’impose comme une question de souveraineté éducative.
« Délocaliser des prérogatives du MEN ne peut constituer une solution. Bien au contraire, cela fragilise le ministère le plus exposé aux conséquences sociales des dysfonctionnements de l’État », conclut M. Diagne.