À l’occasion du mois d’Octobre Rose, consacré à la sensibilisation sur les cancers du sein et gynécologiques, l’Amicale des Femmes du Ministère de l’Environnement et de la Transition Écologique (AFMEDD) a organisé, ce jeudi 30 octobre, la quatrième édition de lutte contre le cancer. Sous le thème : « Impact écosystémique et environnemental à la lutte contre les cancers gynécologiques », cette rencontre met en lumière un lien encore trop souvent ignoré : celui entre la dégradation de l’environnement et la santé des femmes.
Mme Odette Daba Ndiaye, présidente de l’Amicale des Femmes du Ministère, a donné le ton de la cérémonie : « Nous ne célébrons pas seulement la lutte contre le cancer du sein et les cancers gynécologiques. Nous nous attaquons à la racine de ces fléaux, là où nos deux missions convergent : la santé de la femme et la santé de notre planète. »
Pour elle, la lutte contre le cancer ne peut plus se limiter aux causes génétiques ou au mode de vie. L’environnement, a-t-elle martelé, est un déterminant clé de la santé :« Les perturbateurs endocriniens, les pesticides, la pollution atmosphérique, les résidus chimiques… Ces toxiques s’infiltrent dans l’air, l’eau et les produits que nous consommons. Ce que nous rejetons dans la nature finit par nous contaminer. »
Mme Daba Ndiaye a rappelé que protéger l’environnement, c’est prévenir la maladie : « Un sol sain, une eau propre, un air pur c’est un bouclier invisible contre le cancer. »
Elle a enfin appelé les femmes du ministère à devenir des relais de sensibilisation auprès des communautés, sur les choix de consommation, les produits ménagers, cosmétiques et alimentaires.
Invité d’honneur et conférencier du jour, Dr Abdel Aziz Kassé, cancérologue et enseignant à la retraite, a livré une intervention aussi pédagogique qu’alerte.
Membre fondateur des premières ligues contre le cancer et le tabac, il a d’abord salué l’initiative de l’AFMEDD, qu’il juge « innovante et salutaire ».
Le spécialiste a rappelé que les cancers et les maladies non transmissibles constituent désormais les premières causes de mortalité chez les adultes au Sénégal, supplantant les maladies infectieuses.
« Nous faisons face à une double peine : les maladies non transmissibles explosent, tandis que les maladies infectieuses persistent », a-t-il déclaré.
Revenant sur les cancers les plus fréquents, il a énuméré les cinq principaux : Le cancer du col de l’utérus, évitable grâce au vaccin contre le papillomavirus et au dépistage régulier ; Le cancer du sein, curable dans 82 % des cas s’il est détecté précocement ; Le cancer du foie, dont près de la moitié des cas pourraient être évités grâce à la vaccination contre l’hépatite B ; Le cancer de la prostate, désormais l’un des plus fréquents chez l’homme, dépistable par le test PSA ; Le cancer de l’estomac, souvent lié à la bactérie Helicobacter pylori, pouvant être éradiquée par un traitement antibiotique adapté.
« Nous avons cinq grands problèmes, mais aussi cinq solutions, » a-t-il insisté.
Dr Kassé a également lancé un appel à l’endroit des autorités. « Nous plaidons pour un véritable programme national de lutte contre le cancer, financé, évalué et piloté par le ministère de la Santé, mais aussi intégré par tous les ministères, y compris celui de l’Environnement », a-t-il lancé.
Il a déploré le manque de stratégie nationale de vaccination contre le cancer du col de l’utérus, notant avec regret que des doses offertes grâce à la Fondation Bill & Melinda Gates sont aujourd’hui périmées dans les structures de santé faute de campagne soutenue.
Enfin, il a insisté sur la nécessité d’élargir la sensibilisation aux hommes. « La prochaine fois, je veux une salle pleine, avec des femmes et des hommes. Car la santé de la femme est l’affaire de tous », a-t-il dit.
En associant prévention sanitaire et protection environnementale, cette célébration d’Octobre Rose au ministère de l’Environnement marque une évolution majeure dans la compréhension des causes des cancers féminins.
Elle rappelle que la santé humaine dépend étroitement de la santé de la planète, et que les politiques publiques doivent désormais intégrer cette approche globale.
Sous l’impulsion de femmes engagées et de scientifiques avertis, le ruban rose s’est teint de vert symbole d’un combat commun : celui d’un avenir où préserver la nature, c’est aussi sauver des vies.
PMF