Selon des sources proches du Palais, le Conseil des ministres tenu ce mercredi s’est déroulé dans une ambiance lourde, comparable à celle de véritables funérailles politiques. À peine vingt-quatre heures après l’éclatante confrontation entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, les tensions étaient palpables au sommet de l’État.
Tout a commencé samedi 8 novembre, lors du Téra meeting du parti Pastef, où Ousmane Sonko, président du parti et chef du gouvernement, a abordé la question de la coalition Diomaye Président. Il y a dénoncé des manœuvres visant, selon lui, à « imposer une autre tête » à la présidence de cette coalition. Devant ses partisans, il a réaffirmé sa confiance à Aïda Mbodj, qu’il a décrite comme la seule et unique coordinatrice légitime.
Mais deux jours plus tard, un communiqué signé du président Bassirou Diomaye Faye annonçait la fin de mission d’Aïda Mbodj et la nomination de Mimi Touré à sa place. Cette décision, immédiatement rejetée par Pastef, a officialisé aux yeux de l’opinion la fracture qui s’installe entre les deux hommes forts du pouvoir.
Ousmane Sonko, en congé depuis le précédent Conseil des ministres, n’a d’ailleurs pas pris part à la séance de ce mercredi. Son absence n’a fait qu’accentuer le malaise ambiant. Plusieurs ministres et directeurs généraux, selon des indiscrétions, ont désormais choisi leur camp, creusant un fossé au sein même de l’équipe gouvernementale.
Un participant décrit une atmosphère « pesante, froide et inhabituelle », marquée par les regards fuyants et les échanges minimalistes. « C’était comme un enterrement politique. Personne ne voulait prendre la parole », confie notre source, évoquant un exécutif divisé et fragilisé.
Cette crise ouverte entre le président et son Premier ministre fait craindre de graves conséquences sur la gouvernance du pays. En effet, les divergences entre les deux hommes risquent d’affaiblir la cohésion gouvernementale, de ralentir la mise en œuvre des réformes et de semer la confusion dans les rangs de la majorité.
Si Bassirou Diomaye Faye incarne la légalité institutionnelle, Ousmane Sonko reste, aux yeux de nombreux militants, la figure charismatique et idéologique du projet politique. Leur désaccord, désormais public, pose une question fondamentale : qui tient réellement les rênes du pouvoir ?
En attendant, c’est tout le pays qui observe avec inquiétude. Les Sénégalais, porteurs d’espoir après l’alternance de mars 2024, s’interrogent sur la capacité du tandem Diomaye–Sonko à préserver l’unité et la stabilité du régime. Car si les deux hommes ne parviennent pas à s’entendre sur l’essentiel, c’est bien la gouvernance nationale qui risque d’en payer le prix.
Le peuple, lui, regarde. En silence.