DÉSACCORD AU SOMMET DE L’ETAT : Les agriculteurs en paient le lourd tribut

La situation devient intenable pour le monde rural. Alors que la campagne arachidière devait débuter dans la sérénité, les agriculteurs se retrouvent abandonnés, livrés à eux-mêmes et victimes collatérales d’un bras de fer politique qui paralyse tout le pays. La tension entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko a fini par étouffer un secteur agricole déjà fragilisé. Le ministre de l’Agriculture, pris entre deux feux, semble incapable d’agir, et le silence du gouvernement plonge les producteurs dans le désarroi le plus total.

Depuis plusieurs semaines, la fixation du prix de commercialisation de l’arachide se fait attendre. Aucune décision claire n’a été prise, aucun programme de campagne n’a été annoncé. Dans les régions rurales, la colère monte. Les agriculteurs vendent aujourd’hui leurs récoltes à 225 francs le kilo, un prix dérisoire comparé aux 400 voire 500 francs espérés. Cette chute brutale du revenu agricole ne résulte pas seulement des aléas du marché mais bien d’une inaction politique criante. L’interdiction d’exporter l’arachide, censée protéger la filière nationale, a eu l’effet inverse en empêchant les producteurs de trouver des débouchés plus rémunérateurs.

La situation financière du secteur est tout aussi alarmante. L’État doit près de 174 milliards de francs CFA aux opérateurs privés, tandis que la Sonacos, fleuron de la transformation arachidière, a enregistré une perte de 9 milliards l’an dernier. Face à ces chiffres, il devient évident que les fondements de l’économie agricole vacillent. Les opérateurs menacent de suspendre leurs activités et les paysans n’ont plus confiance en la parole publique.

Les concertations tenues par la SEGNA et les propositions adressées aux autorités n’ont pour l’instant trouvé aucun écho. Les décisions censées être discutées en conseil des ministres restent bloquées par les rivalités internes au sommet de l’État. Ce blocage institutionnel pénalise directement des milliers de familles rurales dont la survie dépend de la campagne arachidière.

Les agriculteurs appellent aujourd’hui le président Diomaye Faye et le Premier ministre Sonko à dépasser leurs divergences pour placer l’intérêt national au-dessus des calculs politiques. Le monde rural ne peut plus attendre. Chaque jour de retard aggrave les pertes et accroît la pauvreté. L’agriculture, pilier de l’économie sénégalaise, ne doit pas être le champ de bataille des ambitions politiques. Il est urgent qu’un sursaut de responsabilité mette fin à cette paralysie qui détruit peu à peu la confiance entre l’État et ceux qui nourrissent la nation.