FACE À LA CRISE POLITIQUE ET ECONOMIQUE : AARTU appelle à un Front républicain et annonce une manifestation à Paris

Le mouvement AARTU, regroupant plusieurs partis et personnalités politiques de l’opposition sénégalaise, a publié ce samedi un communiqué alarmiste sur la situation économique, sécuritaire et institutionnelle du Sénégal. L’organisation dénonce ce qu’elle décrit comme une « dérive autoritaire », une « opacité budgétaire préoccupante » et une « improvisation économique » depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko. Elle appelle à la création d’un vaste Front républicain et annonce une manifestation de la diaspora sénégalaise à Paris le 6 décembre prochain.

Au cœur des préoccupations d’AARTU, la question de la dette publique occupe une place centrale. Selon le Front, la « révélation tardive » de milliards de dollars de dettes, qualifiées initialement par les autorités de « dettes supposées cachées », a conduit au gel du programme de 1,8 milliard de dollars avec le Fonds monétaire international.
Toujours selon le mouvement, la dette publique élargie atteindrait désormais près de 132 % du PIB, une situation qui pourrait entraîner, à terme, « une réduction des budgets sociaux » et « une pression fiscale accrue sur les ménages et les petites entreprises ».

Le dossier ASER – AEE Power EPC, portant sur un programme d’électrification rurale, est également pointé du doigt. AARTU évoque des « avances importantes déjà consommées », des réalisations jugées « insuffisantes » et des « demandes de clarification restées sans réponse satisfaisante » de la part d’un bailleur international.
Pour le mouvement, cet exemple illustre « une opacité systémique » et une gouvernance économique fondée sur « des slogans plutôt qu’une gestion rigoureuse ».

AARTU s’inquiète également de la posture sécuritaire du gouvernement dans un contexte régional marqué par la progression de groupes jihadistes au Sahel et par la fragilisation de plusieurs États voisins.
Le Sénégal, jusque-là relativement épargné, ne serait pas à l’abri d’un débordement, estime le collectif. Celui-ci reproche aux autorités de se limiter à des « déclarations rassurantes » sans présenter de « doctrine claire » ni de stratégie cohérente en matière de défense et de coopération régionale.

Selon AARTU, la diplomatie sénégalaise, autrefois considérée comme stable et influente, ferait aujourd’hui face à un « manque de lisibilité », au moment même où une position forte dans la région serait jugée nécessaire.

Le Front républicain pointe également les tensions internes dans la coalition au pouvoir. Les relations entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko sont décrites comme « un théâtre ubuesque » révélant « un pouvoir absorbé par ses luttes internes ».

AARTU accuse par ailleurs le gouvernement de chercher à « marginaliser les contre-pouvoirs », d’encadrer un « dialogue national unilatéral » et de « disqualifier ou intimider les voix critiques ».
Selon le mouvement, cette situation serait révélatrice d’un style de gouvernance reposant sur « la personnalisation du pouvoir » et « la mise en scène politique », au détriment du contrôle démocratique.

Face à ce constat, AARTU estime que « l’heure n’est plus au commentaire mais à l’organisation ». Le mouvement appelle à la constitution d’un large Front républicain regroupant partis, organisations citoyennes et membres de la diaspora, avec pour objectif de proposer une alternative jugée « crédible » : transparence des comptes publics, politique sécuritaire réaliste, stratégie économique tournée vers la production et l’emploi, et gouvernance respectueuse des libertés.

Dans cette dynamique, AARTU a annoncé une manifestation le 6 décembre 2025 à Paris, destinée à dénoncer les « dérives » qu’il attribue au régime en place et à mobiliser la diaspora autour d’un « sursaut républicain ».

Le communiqué d’AARTU réunit un large éventail de figures de l’opposition sénégalaise, parmi lesquelles Idrissa Seck (Reew Mi), Aïssata Tall Sall (Osez l’Avenir), Thierno Alassane Sall (République des Valeurs), Thierno Bocoum (AGIR), le juge Ibrahima Dème (ETIC), Ibrahima Thiam (ACT), Amadou Ba (Nouvelle Responsabilité), l’ancien président Macky Sall (APR), Bougane Guèye Dany (Geum Sa Bopp), Aminata Mbengue Ndiaye (Parti Socialiste), Mbaye Dione (AFP), Barthélémy Dias (Senegal bi nu Bokk), Samba Sy (PIT), Talla Sylla (Jëf-Jël) et Karim Wade (PDS).