La rencontre tenue mardi 18 novembre 2025 entre le Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et les membres du Bureau Politique National (BPN) de Pastef continue de susciter de vives polémiques. Entre récits contradictoires, suspicions internes et prises de position publiques, le parti au pouvoir traverse un moment de vérité qui expose ses fragilités.
Une réunion qui divise les militants
Au lendemain de la rencontre, plusieurs militants ont laissé entendre, à travers des publications sur les réseaux sociaux, que des échanges « sensibles » auraient eu lieu entre le chef de l’État et les vingt membres du BPN présents. Des insinuations qui ont rapidement enflammé la base et alimenté un climat de méfiance.
Face à cette montée des rumeurs, Marie Rose Khady Fatou Faye, porte-parole adjointe de Pastef et porte-parole du gouvernement, a directement pointé du doigt « les artisans de la division ». « J’ai assisté à la réunion du bureau politique national où l’ambiance a été plus que cordiale », a-t-elle précisé. « Toute autre lecture de cette réunion est biaisée. Les manœuvres tendant à semer le doute et cultiver la division ne passeront pas. C’est malhonnête et indigne. »
Elle a également tenu à rassurer concernant la relation entre le Président Diomaye et Ousmane Sonko : « J’ai vu deux grands hommes, conscients des enjeux et résolument engagés à avancer ensemble pour la réussite du PROJET. »
Un communiqué laconique qui augmente les doutes
Pour tenter de calmer la situation, le Bureau Politique National a publié un communiqué ce mercredi 19 novembre. Si le document confirme la tenue de la rencontre et évoque un climat « fraternel et constructif », il demeure extrêmement succinct.
Aucune information détaillée n’a été fournie sur les propositions discutées, les éventuels points de désaccord ni les engagements pris.
Ce caractère laconique, loin d’apaiser, a accentué les doutes et les inquiétudes d’une partie des militants, qui réclamaient une transparence totale sur le contenu de la réunion.
Guirassy parle d’un Conseil des ministres “inspirant”
Dans le même temps, le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy, a décrit le Conseil des ministres du jour comme « l’un des plus inspirants » de sa carrière.
Il évoque une « ambiance détendue mais exigeante », marquée par « un sens de l’humour rare du Président et du Premier ministre », une « énergie positive » et des décisions « justes ».
Une communication qui contraste avec les tensions internes qui secouent Pastef, mais qui, selon certains analystes, participe à une volonté de montrer une gouvernance stable malgré les remous politiques.
Amadou minimise l’incident, mais confirme le malaise
Dans un live Facebook, Amadou — figure militante respectée — a reconnu qu’il « y a effectivement un problème », tout en minimisant la portée de l’incident. Il a appelé les patriotes à « adopter un comportement exemplaire » et à « faire confiance au tandem Diomaye–Sonko ».
Selon lui, les responsables politiques de la mouvance gardent le silence « parce qu’il s’agit d’une affaire de famille dans laquelle ils n’ont pas à intervenir ».
Cheikh Bara Ndiaye hausse le ton
De son côté, le député Cheikh Bara Ndiaye a choisi la confrontation frontale. Après plusieurs publications énigmatiques sur Facebook, il a réaffirmé ses positions sur la chaîne YouTube “Solution TV”. Ses déclarations sont lourdes de sens.
Il accuse ouvertement le Président Diomaye Faye d’avoir « tourné le dos au programme et aux principes du parti », et même d’avoir « publiquement discrédité » Ousmane Sonko. « Ce que Diomaye fait aujourd’hui, il n’en aurait jamais eu le courage il y a 18 mois », lance-t-il. Selon lui, certains cadres de Pastef n’osent pas dire la vérité au chef de l’État « parce qu’il détient le pouvoir du décret ».
Le député reproche aussi au Président de privilégier la libération des détenus disposant d’une base militante, dans ce qu’il qualifie de « calcul politique destiné à préparer un nouveau parti ».
Il accuse enfin Diomaye d’avoir refusé de recevoir une délégation conduite par le doyen Ala Kane, envoyée avec l’accord d’Ousmane Sonko. « Sonko a été trahi, et je ne me tairai pas », conclut-il, affirmant « vivre et respirer pour Sonko ».
La porte ouverte aux transhumances politiques
Derrière ces tensions se dessine progressivement une recomposition politique. Au sein de Pastef, deux camps apparaissent clairement : ceux qui restent fidèles au PROJET et à Ousmane Sonko, et ceux qui se rapprochent du Président Diomaye et de sa gouvernance, adoptant un discours plus institutionnel. Dans ce climat où la cohésion se fissure, la porte semble désormais grande ouverte aux transhumances.
Plusieurs acteurs extérieurs, à l’image de Mimi Touré et de son équipe, déroulent leur stratégie au sein de la mouvance présidentielle, profitant de ce moment de flottement pour occuper davantage d’espace politique.
Selon certains cadres, si la situation n’est pas rapidement clarifiée, les repositionnements, ralliements opportunistes et défections pourraient s’accélérer, mettant en péril non seulement l’unité du parti, mais aussi son projet idéologique fondateur.