JOURNÉE MONDIALE DE LA PÊCHE  : Fatou Diouf face à la grogne des pêcheurs artisanaux

À l’occasion de la Journée mondiale de la pêche célébrée ce 21 novembre, les acteurs du secteur artisanal ont choisi de hausser le ton. De Fass Boye à Saint-Louis, en passant par Thiaroye-sur-Mer, les pêcheurs dénoncent une série de décisions et de blocages qu’ils jugent « injustes », « dangereuses » et « contraires aux intérêts du secteur ». Au cœur des tensions : l’interdiction annoncée des filets monofilament, la fin de la subvention des moteurs de pirogues et le retard dans la délivrance des licences de pêche mauritaniennes.

L’annonce du ministère des Pêches relative au programme de remplacement des filets monofilament a été très mal accueillie dans les villages de pêcheurs. À Fass Boye, les pêcheurs ont fustigé « l’absence totale de concertation » avec la ministre Dr Fatou Diouf, première femme à occuper ce poste depuis avril 2024. Ils rejettent les arguments avancés sur la nocivité de ces filets pour l’environnement marin. « Nous ne sommes pas prêts à abandonner nos filets monofilament. Et nous comptons nous battre pour les garder », ont-ils martelé. Selon eux, plus de 90 % des pêcheurs artisanaux dans le monde utilisent ces filets, indispensables à près de 17 métiers connexes dans la filière.

Autre point qui met le feu aux poudres : l’arrêt annoncé des subventions des moteurs de pirogues. Les pêcheurs artisanaux estiment que cette décision traduit un désintérêt des autorités pour leur métier. « L’État subventionne l’agriculture, l’élevage, d’autres secteurs. Pourquoi pas la pêche ? C’est inadmissible ! », s’est insurgé Macoumba Diéye. L’UNAPAS demande au président Bassirou Diomaye Faye de revoir urgemment cette décision qu’ils jugent contraire aux engagements de rupture annoncés par le gouvernement.

À Saint-Louis, les pêcheurs de la Langue de Barbarie sont à bout. Depuis trois semaines, pirogues et camions frigorifiques sont immobilisés faute de licences de pêche mauritaniennes pourtant déjà payées. Selon Moussa Niang, président du groupe Téfess Gui : « C’est une catastrophe. Sans licences, personne ne peut aller en mer, et c’est toute l’économie locale qui est paralysée. » Les pêcheurs accusent la Mauritanie de ne pas respecter le protocole d’accord signé, et reprochent au gouvernement sénégalais son silence sur une crise qui menace la survie de milliers de familles.

Au-delà des licences, les pêcheurs saint-louisiens ont rappelé la tragédie continue de la brèche, qui a déjà causé des centaines de morts. « Rien qu’en trois mois, quatre personnes y ont perdu la vie », déplore Ngagne Diéye. Ils exigent une solution définitive à ce phénomène qui menace non seulement les pêcheurs, mais aussi l’avenir environnemental et économique de la région.

Depuis sa nomination, la ministre Fatou Diouf fait face à une montée de colère et de frustrations. Absence de concertation, décisions jugées brutales, discours controversés : les pêcheurs estiment qu’elle ne comprend pas suffisamment les réalités du terrain. Certains, comme à Fass Boye, vont jusqu’à exiger sa remplacement, réclamant une personnalité « qui connaît le secteur et peut accompagner les acteurs ».

Entre les interdictions contestées, les politiques de subventions remises en cause, les licences bloquées et les drames humains liés à la brèche, la Journée mondiale de la pêche 2024 met en lumière un secteur à bout de souffle. Les acteurs appellent le président Bassirou Diomaye Faye à une intervention urgente pour sauver un pilier essentiel de l’économie nationale.